Les 3 Mousquetons -Paris – Patagonie 100% en stop
19 février 2025
Patagonie en stop : trois grimpeurs, onze bateaux, un rêve
Ils arrivent à El Chaltén après 99 jours de route, avec de lourds sacs d’escalade et onze bateaux empruntés. Dans ce 15e épisode de la série « Interviews », Béranger Natanelic reçoit Lorenzo, Lucas et Gaspard, les 3 Mousquetons, pour raconter leur Patagonie en stop dans Papa, Maman, tout va bien !.
Les trois amis partent de Paris avec El Chaltén pour horizon. Leur objectif est clair : rejoindre les montagnes argentines afin d’y grimper. Toutefois, le trajet devient une aventure à part entière. Entre l’auto-stop, le bateau-stop et les bivouacs, ils traversent l’Atlantique puis l’Amérique du Sud sans prendre de transport collectif.
Patagonie en stop, avec 35 kilos sur le dos
Leur règle du jeu s’affine dès les premières étapes : utiliser leurs pieds ou demander à être pris. Ainsi, ils refusent aussi bus et taxis dans les villes. Ce choix complique parfois les sorties d’agglomération. Pourtant, il leur ouvre aussi des portes inattendues.
À Vigo, Lucas hésite à prendre le bus pour rejoindre un port, alors qu’il porte un sac très lourd. Il tend finalement le pouce. Un automobiliste le conduit, puis lui propose de rester dans son second appartement. Plus tard, les trois voyageurs retrouvent cet homme, qui les reçoit et les emmène s’entraîner dans une salle d’escalade.
Pour eux, l’aventure commence donc dès le départ de chez eux. Ils avaient déjà rejoint Chamonix ou les aiguilles de Bavella en stop pour grimper. Cette fois, l’échelle change complètement. En effet, leurs sacs contiennent chacun environ 30 à 35 kilos de matériel et les places disponibles à bord des voiliers sont rarement nombreuses.
Onze bateaux, et apprendre à choisir son équipage
À La Rochelle, Gaspard trouve rapidement un voilier qui doit partir vers l’Espagne. La navigation dans le golfe de Gascogne s’avère cependant éprouvante. Le bateau prend l’eau, le pilote automatique est hors service et un empannage endommage le chariot de grand-voile. Ensuite, Gaspard doit monter au mât malgré une forte houle pour une réparation.
Les trois amis quittent finalement ce premier bateau à Santander. Cette expérience nourrit leur principal conseil aux candidats au bateau-stop : ne pas accepter une embarcation à tout prix. Sur la route, il reste possible de descendre d’une voiture. En mer, en revanche, il faut vivre plusieurs jours avec l’équipage et ses décisions.
Ils progressent ensuite par étapes : Gibraltar, Lanzarote, Fuerteventura, Grande Canarie, Cap-Vert, puis Brésil. Aux Canaries, la concurrence entre voyageurs cherchant une traversée est forte. Néanmoins, le fait d’être déjà accueillis sur un voilier et de disposer d’une annexe facilite leurs démarches dans les marinas. Ils atteignent le Brésil sur trois bateaux différents.
Une cheville cassée avant la traversée de l’Atlantique
À Mindelo, Lucas se fracture la cheville en s’entraînant au salto sur une plage. Les urgences lui posent un plâtre, mais il n’obtient pas de béquilles. Alors, fidèle à leur règle, il fait du stop pour revenir à la marina. Son assurance lui conseille de rentrer en France.
Lucas choisit pourtant de poursuivre la traversée avec un équipage norvégien qui l’accepte à bord. Les premiers jours sont douloureux, car les mouvements du bateau secouent sa jambe. Puis la douleur diminue. Après son arrivée au Brésil, il continue même la route avec ses béquilles, pendant que ses amis l’aident à déplacer son matériel.
Cette Patagonie en stop se construit aussi par séparations successives. Les places sur les voiliers imposent souvent de voyager seul. Les trois grimpeurs se donnent alors rendez-vous plus loin, sans certitude de se revoir avant El Chaltén. Retrouver l’un des autres, parfois des semaines plus tard, devient ainsi un événement.
Le Brésil des camionneurs et les détours refusés
Avant d’arriver, les voyageurs redoutent le Brésil, notamment à cause des récits alarmants entendus sur la sécurité. Leur première journée pour rejoindre Recife est difficile. Puis ils rencontrent Jason, un camionneur qui les héberge et les dépose sur une aire d’autoroute. La suite transforme leur regard sur le pays.
En dix jours environ, ils traversent le Brésil avec plusieurs camionneurs. Ceux-ci les invitent chez eux et leur font découvrir leur quotidien. Les trois amis sont marqués par les conditions de travail, l’éloignement des familles et les longues périodes passées sur la route. Cependant, ils gardent surtout le souvenir d’un accueil généreux.
Ils ne visitent ni Lisbonne, ni les chutes d’Iguaçu, ni les grands sites brésiliens situés hors de leur axe. Ce renoncement est assumé. Ils préfèrent consacrer du temps aux personnes rencontrées, à des fermes isolées ou à des cascades peu connues. Pour eux, la Patagonie en stop ne consiste pas à cocher des lieux, mais à suivre une direction et ce qu’elle permet de vivre.
Le vent d’El Chaltén comme point d’arrivée
Après quatre mois, les trois amis atteignent El Chaltén. Les dômes de granit et les parois verticales justifient à leurs yeux cette destination. Mais la météo impose son propre rythme : les fenêtres favorables sont rares, le vent peut dépasser 100 km/h et la neige peut tomber rapidement.
Le voyage laisse aussi des traces plus discrètes. Lucas raconte avoir fait, durant plusieurs semaines, des rêves où il cherchait encore à quitter une ville avec son immense sac. Finalement, les 15 000 kilomètres environ n’étaient pas une simple approche de l’escalade. Ils formaient déjà une épreuve intense, faite d’attente, de fatigue et d’hospitalité.
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Écoutez l’épisode pour suivre, étape après étape, la route des 3 Mousquetons jusqu’aux montagnes d’El Chaltén.
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