Hadrien x Sardaigne

Marc-Antoine Malaspina 17 juin 2025

Sardaigne en famille : Hadrien sur les traces de Vittorio

À Iglesias, Hadrien retrouve les tombes de ses arrière-grands-parents après des heures de recherche sous la chaleur. Dans ce 135e épisode de Bourlinguez, cette Sardaigne en famille devient une manière de recueillir les souvenirs de Vittorio, son grand-père.

Hadrien a grandi avec le récit fragmentaire d’un grand-père italien, Vittorio, né à Iglesias. Arrivé en France pour ses études, celui-ci n’était jamais retourné sur son île. Pourtant, il revendiquait fortement son identité sarde et conservait un accent marqué. Alors, en menant des recherches généalogiques, Hadrien a voulu retrouver les lieux et les membres de cette famille dispersée.

Un message d’Eduardo, contacté via MyHeritage, a donné une autre dimension à cette enquête. Installé à Los Angeles, ce cousin éloigné possédait des documents sur la branche familiale. De fil en aiguille, il a proposé une grande réunion en Sardaigne. En juin 2022, Hadrien part donc avec ses parents, son frère et sa sœur dans le sud de l’île.

Sardaigne en famille, depuis San Vito

Le groupe loue une maison à San Vito, un village d’environ 4 000 habitants, près de la mer au sud-est. Dès l’arrivée à Cagliari, le contraste est physique. Hadrien vient de Hambourg, où il faisait autour de 15 degrés. En revanche, la chaleur sarde lui paraît immédiatement écrasante.

L’herbe jaune, la terre sèche et les collines composent un paysage auquel il doit s’habituer. D’abord, la famille prend le temps de découvrir les plages et la géographie des environs. À Villasimius comme à Muravera, Hadrien trouve des rivages peu aménagés et parfois presque vides. Il dessine et écrit de la poésie pour garder la trace de ses sensations plutôt que celle des seuls paysages.

Cette attention aux impressions guide aussi ses trajets. Entre Porto Scuso à l’ouest et Muravera à l’est, la famille suit les lieux où Vittorio a vécu ou passé du temps. Ainsi, le voyage ne cherche pas seulement des adresses. Il tente aussi de remettre des images sur les récits entendus depuis l’enfance.

À Iglesias, des noms retrouvés dans le cimetière

Iglesias est la première étape sur les traces directes de Vittorio. Hadrien se rend devant l’immeuble où son grand-père a vécu ses vingt premières années. La famille ne peut pas entrer, mais aperçoit le balcon donnant sur la place. Vittorio racontait qu’il y observait des discours politiques lorsqu’il était jeune.

Ensuite, la recherche se poursuit au cimetière. Hadrien sait que ses arrière-grands-parents y reposent, sans connaître l’emplacement des tombes. Il retrouve assez vite celle de Giuseppe, son arrière-grand-père, modeste et fleurie de bougainvilliers. Puis les recherches s’étirent pendant plusieurs heures, malgré la chaleur.

Finalement, sa sœur remarque la tombe de Dominika en s’asseyant sur un banc. Elle se trouve près de l’entrée, dans l’allée principale, et semble peu entretenue. Hadrien photographie son médaillon pour le montrer à Eduardo. Ce geste simple donne un visage et une présence à une personne jusque-là connue surtout par les documents familiaux.

Dans les environs, il remarque aussi la simplicité des achats quotidiens. Des habitants vendent les légumes de leur potager et leur propre vin, parfois dans des bouteilles en plastique. Par ailleurs, ces scènes de village résonnent avec ce qu’il est venu chercher : une histoire familiale inscrite dans des habitudes concrètes.

Porto Scuso et les souvenirs transmis par téléphone

À Porto Scuso, Hadrien marche sur les pas d’un autre souvenir de Vittorio. Son grand-père lui avait raconté avoir appris à nager dans le port, puis avoir rejoint Fontanamare à la nage. Hadrien ne tente pas la traversée dans l’eau. Cependant, il tient à mesurer ce trajet en le découvrant à pied.

Des pêcheurs rangent leurs filets quand il arrive dans le village. Alors, il envoie des photos à son grand-père sur WhatsApp. À distance, Vittorio lui demande de montrer certains bâtiments et certains endroits. Il reconnaît encore des places, des commerces et des repères de sa jeunesse.

Ces échanges permettent à Hadrien de faire participer son grand-père au voyage sans le forcer à se déplacer. Celui-ci était malade et avait renoncé à venir. Pourtant, cette Sardaigne en famille lui revient par les images et les appels. Hadrien comprend aussi que le manque d’emploi pousse de nombreux habitants à quitter l’île, notamment vers Naples ou Milan.

Une cousinade près de Sant’Antioco

Le rendez-vous imaginé par Eduardo se tient dans un agriturismo près de Sant’Antioco. Une trentaine de proches s’y retrouvent, venus des États-Unis, de France et d’Italie. Hadrien ne connaît presque personne et ne parle pas italien. Pourtant, les gestes, les embrassades et les langues mêlées créent rapidement un terrain commun.

Durant le repas, la famille parle beaucoup de Vittorio. Puis le téléphone circule de main en main lors d’un appel vidéo avec lui. Il revoit des cousins qu’il n’avait pas vus depuis longtemps et reparle italien. Enfin, un fraisier porte l’inscription « Bienvenue à toute la famille », une formule qui marque Hadrien.

Les derniers jours, une cousine de son père les rejoint depuis Naples et leur fait découvrir Cagliari. Hadrien échange avec elle sur le passé de Vittorio. Il apprend notamment que son grand-père avait pu ressentir de la honte de ne pas avoir atteint en France les objectifs qu’il s’était fixés. Cette part de son histoire éclaire peut-être son éloignement durable de la Sardaigne.

Écrire, dessiner et prolonger les traces

Hadrien garde de ce séjour la lumière, les odeurs de sable chaud et de pain sec, mais aussi le goût de la fregola cuisinée sur place. Il se souvient également d’une dégustation chez Gianmarco, viticulteur, où il découvre l’alcool de myrte. Surtout, il retient une manière familiale et directe de vivre les relations.

Depuis, il n’est pas retourné sur l’île. Néanmoins, il continue d’écrire et de dessiner pendant ses voyages. Son projet Le Protin Verbo est né d’ailleurs pendant un tour d’Europe, avec l’idée d’une phrase et d’un dessin par jour. Pour lui, ces créations permettent de retrouver plus tard une sensation, sans forcément représenter un lieu reconnaissable.

Cette Sardaigne en famille reste aussi un hommage à Vittorio, décédé depuis ce voyage. Hadrien espère y revenir un jour. Entre les tombes d’Iglesias, les appels vidéo et la cousinade, il a rassemblé des éléments que le temps risquait d’effacer.

À écouter aussi sur Allô la Planète

Écoutez cet épisode pour suivre Hadrien dans cette Sardaigne en famille et dans les souvenirs transmis par Vittorio.

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