Matthieu x Canada
Marc-Antoine Malaspina 28 octobre 2026
Banquise canadienne : Matthieu tire sa pulka vers le passage du Nord-Ouest
Une pulka de plus de 100 kilos, près de dix heures de ski par jour et des nuits jusqu’à moins 40 degrés : sur la banquise canadienne, Matthieu a vécu une quarantaine de jours d’expédition avec le projet Corps Boréal. Dans ce 159e épisode de Bourlinguez, il raconte cette traversée à ski-pulka d’environ 800 kilomètres, de Cambridge Bay à Kugaaruk, au Nunavut, au printemps 2026.
Matthieu a 28 ans et travaille comme chief of staff dans une startup de l’énergie. Habitué aux voyages en solitaire, il voulait pourtant vivre un projet collectif. Avec Tristan et Joseph, professeur d’EPS et docteur en STAPS, il part dans la zone du passage du Nord-Ouest. Leur objectif : relier deux villages inuits à ski-pulka, tout en mesurant les effets du froid et de l’effort sur leur corps et leur mental.
Deux mois pour préparer une expédition polaire
Le départ se décide tard pour Matthieu : il dispose d’environ deux mois pour se préparer. Or, une expédition sur la banquise demande bien plus qu’un itinéraire. Il faut choisir les skis, organiser trois vols jusqu’au point de départ et acheminer toute la nourriture. Les formalités liées au fusil à pompe comptent aussi, car les ours polaires font partie des risques.
Les trois compagnons calculent leurs rations avec l’aide d’étudiants en master de nutrition, car l’effort quotidien sera intense. Matthieu s’entraîne en tractant des pneus dans Paris. Il se prépare surtout à l’idée de vivre plusieurs semaines par très grand froid, loin de tout retour rapide.
Le projet ne se limite pas à avancer sur la glace. Des examens sont réalisés avant et après le départ pour observer l’impact du froid, de l’alimentation et de l’effort, et les participants tiennent un suivi psychologique. Des écoles sont associées au projet, qui doit ensuite nourrir des ateliers pédagogiques et des conférences.
Une maison à tirer sur une glace accidentée
À l’arrivée, les trois hommes passent quelques jours dans le village inuit de départ. Ils répartissent la nourriture en sacs quotidiens, vérifient leur matériel et testent le fusil. Ils trouvent aussi une chienne, qui devient leur quatrième équipière : grâce à son odorat, elle peut sentir un ours polaire bien avant eux.
Les premiers jours sont rudes. Contrairement à l’image d’une surface lisse, la banquise est faite d’ondulations, de fractures et de crêtes de compression. Chaque pulka pèse entre 100 et 110 kilos. Il faut donc chercher un passage entre les blocs de glace et tirer cette charge pendant près de dix heures.
L’alimentation devient une mécanique essentielle. À moins 40 degrés, le fromage, le saucisson et le chocolat gèlent et perdent leur goût. Les trois voyageurs mangent beaucoup le matin, puis s’arrêtent cinq minutes toutes les 55 minutes pour boire et grignoter. Ils avalent plus de 6 000 kilocalories par jour, contre environ 1 900 pour Matthieu au quotidien.
Le quotidien à moins 40 degrés
Le soir, la journée ne s’arrête pas quand les skis sont posés. Il faut monter la tente, faire fondre de la glace pour obtenir six litres d’eau et préparer le repas. Puis chacun note son humeur, ses douleurs et la difficulté de la journée. Des messages vocaux complètent le suivi psychologique, pendant que les proches, les écoles et les partenaires attendent des nouvelles.
Dormir demande aussi une méthode précise. Matthieu décrit deux matelas, un duvet et plusieurs couches pour limiter les pertes de chaleur et l’humidité. Pourtant, le réveil reste humide dans le couchage et gelé au niveau du visage. Après quelques jours, il accepte cette routine, les mêmes vêtements et l’absence de douche.
Dans l’étendue blanche, le temps devient difficile à compter. Pour Pâques, Matthieu avait emporté de petits œufs en chocolat : avec ses compagnons, il organise une chasse aux œufs sur la banquise. Un moment léger qui le ramène aussi vers sa famille, habituellement réunie à cette période.
Un phoque, une tente déchirée et l’arrivée au village
La vigilance ne retombe jamais complètement. Une nuit, Matthieu croit entendre un ours autour de la tente. Le bruit vient en fait de la chienne, qui croque de la neige après avoir mangé le fromage prévu pour Joseph. Plus tard, une tache noire sur leur route les intrigue : le drone révèle un phoque, allongé près d’un trou dans la glace.
Certaines journées sont blanches, quand le brouillard efface tous les repères. Un soir, après une étape difficile, le ciel se dégage et un coucher de soleil rouge éclaire la glace. Une erreur de manipulation déchire aussi la tente sur 40 centimètres. La réparation tient jusqu’au bout, mais rappelle combien un geste banal peut devenir sérieux dans cet environnement.
À l’approche du second village, les trois voyageurs aperçoivent enfin les maisons. Les habitants inuits connaissent déjà leur projet et les accueillent chaleureusement. Matthieu retient la force du groupe dans les moments de fatigue, de faim et de doute. Cette aventure à trois lui donne envie de repartir. Pour suivre le projet et ses ateliers pédagogiques, rendez-vous sur le site de Corps Boréal.
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Écoutez le récit de Matthieu pour suivre cette expédition sur la banquise canadienne, de la préparation jusqu’à l’accueil dans le village inuit.
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