Manon x Syrie

Marc-Antoine Malaspina 16 septembre 2025

Voyager en Syrie avec Manon, entre ruines et rencontres

Voyager en Syrie, en février 2025, signifie pour Manon entrer dans un pays où l’électricité ne dure parfois que deux heures par jour. Dans ce 136e épisode de Bourlinguez, la photographe raconte trois semaines passées de Damas à Homs, quelques mois après la chute de Bachar al-Assad.

Partie fin 2023 pour quatre mois en Asie, Manon a finalement voyagé pendant deux ans, le plus souvent seule. Le Moyen-Orient a pris une place importante dans ce parcours. La Syrie était alors le dernier pays de la région qu’elle pouvait envisager de visiter de manière indépendante. Pourtant, ses proches syriens et libanais lui conseillaient d’attendre.

Dans l’avion entre Doha et Beyrouth, elle s’assoit près de Rala, originaire de Damas. Leur conversation l’aide à trancher. Puis, depuis Beyrouth, Manon prend un taxi partagé vers la frontière. Le passage est rapide : son passeport suffit, sans visa ni guide. Dans la voiture, Osama retourne voir sa famille après onze ans d’absence. Cette première rencontre donne immédiatement une dimension humaine à son arrivée.

Voyager en Syrie dans le noir de Damas

Manon arrive à Damas de nuit et rejoint son hébergement grâce à Couchsurfing. La ville est plongée dans le noir. En hiver, l’absence de chauffage rend les soirées plus rudes. Les habitants ne savent pas toujours à quel moment l’électricité sera disponible, explique-t-elle. Le salaire moyen qu’elle évoque est de 200 euros, tandis que le mazout nécessaire pour se chauffer reste difficile à acheter.

Elle découvre aussi un pays qui manque de pétrole, de produits courants et d’emplois. Cependant, certains produits auparavant absents apparaissent de nouveau dans les commerces après des années de sanctions. Manon mesure alors ce que quatorze années de guerre ont fait aux vies quotidiennes. Avec son appareil photo, elle engage des conversations dans les rues. Un marchand de sucreries lui offre ainsi des chewing-gums après avoir accepté d’être photographié.

La photographe tient également à se rendre à la prison de Sednaya, près de Damas. Elle y va avec un ami rencontré par Couchsurfing. Pour elle, cette visite est nécessaire afin de tenter de comprendre ce que les Syriens ont vécu. Elle y voit notamment des photographies de disparus. Le lieu la bouleverse, tout comme les récits liés aux prisonniers politiques et à leurs familles.

D’Idlib à Saraqib, des maisons sans fenêtres

Après Tartous et Lattaquié, sur la côte méditerranéenne, Manon se rend à Idlib sur le conseil d’Ibrahim, rencontré à Tartous. Là, elle fait la connaissance de Riyad, ingénieur devenu journaliste pendant la guerre. Il lui raconte une région longtemps isolée, où la lire turque est utilisée. Ensuite, il l’emmène vers Saraqib, une ville marquée par les destructions et les déplacements de populations.

Voyager en Syrie conduit alors Manon dans la maison d’Abou Mahmoud. L’homme, sa femme et leurs enfants sont revenus dans les ruines de leur logement. Il n’y a plus d’eau, plus d’électricité ni de fenêtres. En février, la pièce ouverte aux quatre vents est froide. Manon photographie la famille, puis lui envoie les images par WhatsApp. Elle reste déstabilisée par l’accueil reçu dans ces conditions.

Face à cette maison, des familles vivent sous des tentes. Riyad demande aux enfants ce qu’ils souhaitent. Leur réponse revient plusieurs fois : aller à l’école. Plus tard, Manon passe deux soirées à Idlib avec Lina, Sarah et Lejene. Malgré la barrière de la langue, elles rient, dansent et échangent sur leurs vies. Lina lui raconte avoir perdu sa maison, ainsi que deux de ses petits frères.

Alep, Homs et les liens qui restent

À Alep, Manon rencontre Abdel, gérant de l’hôtel Dar Al Abia. Il lui fait découvrir la ville et partage son attachement pour son histoire, sa poésie et son patrimoine. Beaucoup de mosquées et de bâtiments historiques sont pourtant en ruines. Néanmoins, cette rencontre modifie son regard. Elle dit avoir appris à voir autre chose que les destructions, et garde depuis contact avec Abdel.

Homs clôt son itinéraire. Manon rapporte que 60 % de la ville est détruite. Après trois semaines de déplacements et de conversations avec des Syriens de tous âges, elle ressent une fatigue physique et psychologique. Deux voyageurs italiens rencontrés à Alep mettent des mots sur ce malaise. Entendre sans cesse les histoires de guerre et de deuil pèse, surtout lorsqu’on voyage seule.

Pourtant, elle retient aussi l’espoir exprimé par les personnes rencontrées au début de cette nouvelle période politique. Manon ne cache pas les inquiétudes qu’elle perçoit, ni celles qui ont grandi après son départ. Elle veut surtout transmettre les voix entendues sur la route. La caméra, qu’elle emporte partout depuis dix ans, est pour elle une façon de documenter ces rencontres sans les oublier.

Une façon de partir au jour le jour

Manon prépare désormais ses voyages avec souplesse. Elle repère d’abord les villes qu’elle souhaite voir, puis décide souvent de son hébergement le soir même. Elle utilise Polarsteps pour garder une trace de ses trajets et publie aussi des photographies et des vidéos. Par ailleurs, elle écrit des notes destinées à un futur livre.

Voyager en Syrie a confirmé ce qui compte le plus pour elle : les rencontres. Elle garde contact avec des personnes croisées au Pakistan, au Tadjikistan, à Oman ou en Syrie, notamment via WhatsApp et Instagram. Son projet d’installation au Liban explique aussi sa manière d’envisager les retours en France. Elle ne les voit pas comme une fin, mais comme des séjours courts avant d’autres choix de vie.

À écouter aussi sur Allô la Planète

Écoutez le récit de Manon pour suivre ses rencontres et ses questionnements sur les routes syriennes.

Carte d'embarquement

Ce voyage vous a plu ? Embarquez pour le prochain.

Nouveaux podcasts, récits de voyageurs et rendez-vous de la radio : la newsletter d'Allô la Planète, sans escale et sans spam.

Bourlinguez

Bourlinguez

Plus d'info


Avis des lecteurs

Envoyez-nous une carte postale

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les cartes sont lues par l'équipe avant publication. Les champs marqués * sont obligatoires.