Isabelle x Malaisie

Marc-Antoine Malaspina 14 octobre 2025

Malaisie en mission : Isabelle enquête pour le Guide du Routard

À Kota Bharu, les habitants demandent à Isabelle d’où elle vient, puis quel âge elle a. Dans ce 138e épisode de Bourlinguez, cette Malaisie en mission raconte les réalités concrètes d’une réactualisation pour le Guide du Routard.

Isabelle travaille au Guide du Routard depuis son premier stage, en 1993. Elle est partie en mai pour actualiser les informations consacrées à la péninsule malaise. Elle voyageait à deux, avec un itinéraire serré et des adresses à vérifier. Cette fois, elle voulait surtout découvrir la côte est, qu’elle ne connaissait pas encore. De Kuala Lumpur à Kuantan, son travail l’a menée entre villes, îles, musées et rencontres de terrain.

Malaisie en mission, de Kota Bharu aux Perhentian

La première étape est Kota Bharu, au nord-est de la péninsule, près de la frontière thaïlandaise. La ville ne ressemble guère aux images d’îles tropicales qu’Isabelle avait en tête. Pourtant, elle y découvre d’anciens bâtiments en bois liés au sultanat, devenus musées, ainsi qu’un centre culturel consacré aux arts traditionnels du Kelantan.

Surtout, les échanges donnent le ton du séjour. Les visiteurs étrangers y sont peu nombreux, car beaucoup filent directement vers les îles. Les habitants viennent donc volontiers discuter avec elle et sa collègue. Plus au sud, à Kuantan, des policiers les arrêtent même, tout sourire, pour demander une photo. Isabelle retient une communication facile, notamment parce que l’anglais est largement parlé.

Depuis Kuala Besut, elle rejoint ensuite les îles Perhentian. Besar concentre les hébergements touristiques et, selon son observation, une forte présence française. Kecil abrite au contraire un village et une mosquée. Les conditions météo contrarient néanmoins le programme : malgré un départ en mai, les après-midis sont marqués par des pluies torrentielles et une forte tempête frappe Kecil.

Corail, tortues et limites des îles

Sur les îles, Isabelle rencontre des personnes engagées dans la préservation du milieu marin. Le blanchiment du corail constitue une alerte majeure. En 2024, on lui indique que certaines zones ont vu jusqu’à 95 % du corail blanchir. La chaleur, la pollution et la fréquentation touristique pèsent sur cet écosystème, tandis que des programmes de bouturage tentent d’agir à leur échelle.

À Kapas, des bénévoles allemands et des acteurs locaux lui expliquent aussi la surveillance nocturne des tortues marines. Entre mars et août, selon les endroits, ils repèrent les femelles venues pondre. Après la ponte, les œufs sont placés dans une écloserie. Les jeunes tortues sont ensuite relâchées sur une plage protégée, cinquante à soixante jours plus tard.

Cette action ne fait pas oublier les autres problèmes. Isabelle évoque notamment les déchets et le recours généralisé aux groupes électrogènes pour alimenter hôtels, restaurants ou clubs de plongée. Elle souligne aussi le faible taux de survie des bébés tortues : environ un pour mille. La revente destinée à la consommation reste illégale depuis 2020, mais elle persiste encore.

Des mines d’étain aux grottes de Panching

À une quarantaine de kilomètres de Kuantan, le village de Sungai Lembing la marque particulièrement. Son musée retrace l’histoire des anciennes mines d’étain, autrefois parmi les plus grandes et les plus profondes d’Asie du Sud-Est. Isabelle y entend les récits d’anciens mineurs. Ils décrivent la descente, la chaleur, le manque d’air et l’immobilité imposée quand la plateforme risquait de tomber en panne.

La mine a fermé en 1986. Le site ne se visite pas encore sous terre, mais une portion de tunnels est en cours de réaménagement. Plus loin, les grottes de Panching demandent une ascension éprouvante dans la chaleur. Elles abritent un sanctuaire bouddhique et un grand Bouddha couché. Depuis les hauteurs, Isabelle observe aussi l’étendue des plantations de palmiers à huile.

Cette Malaisie en mission lui montre également la coexistence de plusieurs pratiques religieuses. Dans la région de Kota Bharu, elle remarque des complexes bouddhiques, dont l’un comporte des statues de Ganesh. Aux grottes, un temple hindouiste précède le sanctuaire bouddhique. Les personnes rencontrées lui parlent d’une tolérance entre les religions présentes dans le pays.

Le travail d’enquêtrice, entre préparation et imprévus

Une réactualisation de guide laisse peu de place à l’improvisation. Avant de partir, Isabelle doit intégrer à son itinéraire les adresses existantes, les nouveautés, les horaires et les signalements des lecteurs. Sur place, elle teste aussi les établissements ayant fait l’objet de plaintes. Cela explique, dit-elle, que l’on ne mange pas toujours bien durant une mission.

Cependant, une marge de liberté reste nécessaire pour découvrir de nouveaux lieux et parler avec les habitants. Isabelle collecte des informations auprès de spécialistes, comme des biologistes marins ou une plongeuse utilisant un matériel particulier. Elle doit ensuite comprendre, vérifier et synthétiser. Pour conserver ses notes, elle emporte toujours des carnets autocopiants, après avoir un jour perdu un carnet de voyage.

Elle ne sépare pas facilement travail et loisir. En Malaisie, elle ne s’est ainsi pas baignée, malgré les plages. Son plaisir vient davantage des discussions et des apprentissages. Lors d’une traversée en bateau entre les Perhentian et Redang, elle se dit pourtant : « Mais mon Dieu, quel bonheur de faire ce métier. »

À écouter aussi sur Allô la Planète

Écoutez l’épisode pour suivre Isabelle dans cette Malaisie en mission, entre enquêtes, îles et récits de terrain.

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