La bretonne en stop – Juliette Hamon

3 avril 2024

Voyager en stop avec Juliette Hamon, de Brest à l’Inde

Partie de Brest en février 2023, Juliette Hamon a rejoint l’Inde sans prendre l’avion. Dans ce 8e épisode de la série Interviews de Papa, Maman, tout va bien !, elle raconte ce que signifie voyager en stop quand l’itinéraire dépend autant des visas que des rencontres.

Depuis l’Inde, où elle vient de vivre le festival de Holi à Varanasi, Juliette Hamon échange avec Béranger Natanelic. Connue sous le nom de La bretonne en stop, elle avance sans programme fixe. Elle reste au minimum trois jours là où elle s’arrête, quand les visas le permettent. Ainsi, elle cherche moins à cocher des pays qu’à laisser de la place aux personnes croisées sur sa route.

Voyager en stop, puis apprendre à ralentir

Avant son départ, Juliette avait pourtant une expérience limitée de l’autostop en solo. Pour se tester, elle avait rejoint Sagres, dans le sud du Portugal, depuis Paris. Cette première aventure l’a confortée dans son envie de partir. Elle avait aussi déjà pratiqué le couchsurfing lors d’un voyage en train en Europe.

Son trajet dessine ensuite une longue diagonale vers l’est : France, Allemagne, Suisse, Autriche, Slovénie, Monténégro, Croatie, Albanie, Grèce, Turquie, Géorgie, Russie, Kazakhstan, Ouzbékistan, Mongolie, Chine, Pakistan, Inde et Népal. Cependant, la sensation de distance ne lui est venue que tardivement. Au Kazakhstan, au milieu du désert et des chameaux, elle a soudain pris la mesure des kilomètres parcourus.

La Turquie a marqué un tournant. Juliette y a rencontré des artistes, des musiciens de rue, des activistes et des militants. Plus tard, la Mongolie l’a confrontée à une solitude nouvelle. Elle s’est éloignée des grands axes et a dû compter davantage sur elle-même dans les steppes. Cette expérience lui rappelle les récits de marche au long cours, comme la traversée de l’Europe à pied de Marie et Arnaud.

La tente, les crêpes et les gestes d’accueil

Au départ, trouver où dormir était une préoccupation constante. Juliette vérifiait longuement l’emplacement de sa tente et attendait la fin de journée pour la monter. Puis, avec le temps, elle a appris à faire confiance à sa capacité de trouver une solution. Cela ne signifie pas qu’elle dort n’importe où. Elle continue plutôt d’arbitrer selon les lieux et son ressenti.

L’hospitalité soulève aussi une question concrète : comment remercier les personnes qui accueillent ? Lorsqu’elle reste plusieurs jours, Juliette cuisine ou achète de quoi partager un repas. Elle garde également de petits cadeaux dans son sac. Les crêpes sont devenues une solution récurrente, y compris sur une lourde plaque servant à cuire les chapatis en Inde et au Népal.

En Turquie, une halte imprévue est restée gravée dans sa mémoire. Fatiguée après plusieurs jours de route, elle a installé sa tente sur une plage. Le lendemain, elle y a rencontré un ancien capitaine vivant dans une cabane. Sans beaucoup de langue commune, ils ont passé trois jours ensemble. Il l’emmenait dans sa voiture cabossée et lui demandait simplement de rester encore un peu.

Des peurs à distinguer des récits des autres

Pour Juliette, voyager en stop ne consiste pas à nier les inquiétudes liées au voyage solo. Elle considère la peur comme une information utile, qui aide à rester attentive à ses sensations et aux situations. En revanche, elle invite à distinguer ses propres craintes de celles transmises par l’entourage.

Son conseil aux femmes qui hésitent est donc de parler avec des voyageuses ayant une expérience comparable. Avant de partir, elle a notamment échangé avec Florence du Monde sur le pouce et Astrid d’Histoire de Tong. Leurs témoignages lui ont permis de comparer les risques réels avec les idées reçues. Ensuite, sur la route, chaque rencontre a enrichi ses façons de faire : dormir dehors, séjourner dans des temples ou participer à des volontariats.

Réseaux sociaux, réflexion et réciprocité

La visibilité de Juliette sur les réseaux sociaux n’était pas prévue. Au début, l’afflux de messages l’a déstabilisée. Désormais, elle publie lorsqu’elle en a l’envie et l’énergie. Car ses journées sont déjà prises par les trajets, la recherche d’un couchage et les interactions. Les réseaux peuvent alors devenir une sollicitation de trop.

Ils ont aussi un effet stimulant. Avant de partager une information, elle vérifie davantage ses sources et approfondit ses réflexions sur l’autostop, le voyage bas carbone ou sa place de voyageuse. Elle rencontre aussi des personnes engagées dans la protection de l’environnement ou dans des modes de vie alternatifs. Jusqu’ici, elle estime avoir échangé avec environ dix-huit personnes ou groupes de ce type.

Cette démarche nourrit une interrogation sur la réciprocité. Les personnes qui l’accueillent dans les pays traversés n’auront pas forcément la possibilité de venir en France. Ainsi, elle ne veut pas remettre l’idée d’agir à son retour. Au Pakistan, une militante lui a notamment expliqué l’importance de relayer aussi les enjeux locaux. Juliette souhaite donc construire cette attention pendant son voyage, pas seulement après.

Une Australie devenue point de passage

L’Australie était l’objectif initial. Juliette voulait y partir avec un permis vacances-travail, mais refusait de reprendre l’avion. Le stop est alors devenu une manière d’y parvenir, avant que le projet ne s’élargisse en tour du monde. Aujourd’hui, cette destination n’est plus son unique horizon. Elle envisage surtout la suite avec patience, notamment la difficile traversée du Pacifique en bateau.

Voyager en stop lui a finalement appris à considérer les relations autrement. Toutes ne durent pas, et elle ne cherche pas à maintenir le contact avec chaque conducteur ou chaque famille. Pourtant, une rencontre de quelques heures peut compter autant qu’un lien prolongé. Sur la route, les départs ressemblent davantage à des « à bientôt » qu’à des adieux.

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Écoutez cet échange pour suivre les questions, les doutes et les joies qui accompagnent une route sans avion vers l’est.

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