Thomas Olland, vidéaste en Afrique

4 septembre 2024

Cinéma artisanal Afrique : Thomas Olland filme les marges

Du bidonville de Wakaliga, à Kampala, aux tournages politiques sur le continent, le cinéma artisanal Afrique a donné une direction inattendue au parcours de Thomas Olland. Dans ce 10e épisode de la série « Interviews », il échange avec Béranger Natanelic depuis le Brésil, pour Papa, Maman, tout va bien !. Il raconte ses premières images en Ouganda, son métier de vidéaste et le projet Everywood.

Thomas Olland n’avait jamais quitté l’Europe avant son premier départ pour l’Ouganda. À Paris, il travaillait alors dans le cinéma et imaginait son avenir en Île-de-France. Pourtant, la découverte d’un film tourné avec très peu de moyens va déplacer ses repères. Quelques années plus tard, il a parcouru de nombreux pays africains comme vidéaste et réalisateur, notamment aux côtés du journaliste Alain Foka.

Un film ougandais comme point de départ

Tout commence avec Bad Black, vu lors du festival Cinéma Brut. Le film vient de Wakaliwood, une communauté de cinéastes installée à Wakaliga, un quartier de Kampala. Thomas Olland est frappé par ce film d’action, ses effets bricolés, son humour et son énergie. Il apprend que l’équipe a travaillé avec un budget très réduit.

D’abord, il aide à traduire plusieurs longs-métrages en français. Puis Alan Hofmanis, membre américain de l’équipe, l’invite à venir sur place. Avec son colocataire Tristan, Thomas Olland réserve un vol Paris-Entebbe. Le billet leur semble accessible, autour de 400 euros selon son souvenir. Sa mère s’inquiète, tandis que son frère l’encourage à saisir cette occasion.

À l’arrivée, le dépaysement est immédiat. Il évoque les routes, les arbres, les sons et l’intensité de Kampala. Ensuite, la découverte de Wakaliga le bouscule davantage. Avec son ami, il se demande comment tourner une fiction absurde dans un environnement qu’il connaît si peu.

Wakaliwood, mourir dans un film pour être accueilli

Le premier passage à Wakaliwood a aussi ses règles. Les visiteurs sont invités à mourir dans un film, comme une forme d’initiation. Thomas et Tristan jouent donc dans une production locale, avant d’inscrire leur nom et leur « date de mort » sur un mur. L’équipe leur lance alors : « welcome to Wakaliwood Airlines ».

Cette expérience fait tomber plusieurs idées reçues. Thomas Olland explique qu’il associait auparavant l’Afrique à des représentations très limitées. Or, il découvre des cinéastes organisés, inventifs et reliés à des publics internationaux. Pour lui, le cinéma artisanal Afrique montre surtout ce que des équipes peuvent imaginer avec des moyens restreints.

De retour en France, il garde l’envie de repartir. Il cherche d’abord des projets associatifs, sans succès. Certaines demandes matérielles lui paraissent déconnectées de sa situation. Finalement, une rencontre professionnelle ouvre une autre voie : un poste de réalisateur auprès d’Alain Foka.

Filmer les présidents et les réalités du terrain

Ce travail l’emmène régulièrement au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Guinée ou en République démocratique du Congo. Ses missions alternent entre les entretiens avec des responsables politiques, les artistes et les entrepreneurs. Par ailleurs, il participe à des reportages sur les mines dans l’est de la RDC, sur la bauxite en Guinée ou sur les enjeux liés à l’énergie.

Il se souvient de ses débuts face aux chefs d’État. Lors d’un tournage avec Macky Sall, il laisse l’enregistrement actif après l’entretien, espérant capter une information importante. Le président s’en aperçoit et l’incident lui sert de leçon. Depuis, Thomas Olland dit se sentir plus à l’aise, même si les dispositifs de sécurité restent impressionnants.

Au Congo, il décrit aussi les difficultés d’accès à certaines zones minières et la confusion des autorités locales. Dans le Kivu, son équipe renonce ainsi à poursuivre une visite après avoir constaté une forte tension. Lors du départ en petit avion, il voit un homme sortir d’un buisson avec un lance-roquette. Le souvenir reste saisissant.

Everywood, donner une caméra aux autres récits

Avec Everywood, Thomas Olland revient à son élan initial. Cette série documentaire s’intéresse aux cinémas réalisés hors des circuits habituels, avec un téléphone, un vieux caméscope ou du matériel récupéré. Il ne cherche pas à juger ces films selon les normes d’une production installée. Il veut plutôt rencontrer celles et ceux qui créent, diffusent et inventent leurs propres codes.

Le premier épisode a été tourné au Sénégal, puis un autre projet est envisagé au Ghana, à Kumasi. Le Cameroun l’attire également pour un futur tournage. Ainsi, le cinéma artisanal Afrique devient un fil conducteur, sans se limiter au continent. Thomas Olland cite aussi l’Amérique latine parmi les territoires qu’il aimerait explorer.

Son regard est nourri par Internet et par une culture partagée des jeux vidéo, des mangas et de la vidéo en ligne. Selon lui, les plateformes ouvrent des espaces de diffusion qui n’existaient pas auparavant. Elles permettent aussi à des personnes éloignées des réseaux traditionnels de montrer leurs films.

Ce que les voyages ont déplacé

Thomas Olland vit aujourd’hui entre ses missions et Dakar, une ville à laquelle il est très attaché. Il y a construit des amitiés et y a rencontré la personne dont il est amoureux. Il recommande le Sénégal comme une première approche de l’Afrique subsaharienne, notamment parce que le français y est largement parlé et que les voyageurs peuvent s’y orienter plus facilement.

Surtout, ses voyages ont modifié sa façon d’écouter. Il insiste sur la diversité des pays africains, de leurs langues, de leurs histoires et de leurs réalités. Le cinéma artisanal Afrique participe, à sa manière, à cette pluralité de récits. Pour lui, partir n’a pas livré une vérité : cela lui a appris à entendre celles des autres.

À écouter aussi sur Allô la Planète

Écoutez l’épisode pour suivre Thomas Olland, de Wakaliwood aux tournages d’Everywood.

Carte d'embarquement

Ce voyage vous a plu ? Embarquez pour le prochain.

Nouveaux podcasts, récits de voyageurs et rendez-vous de la radio : la newsletter d'Allô la Planète, sans escale et sans spam.

logo papa maman tout va bien podcast voyage allo la planete, podcast voyage

Papa, Maman, tout va bien !

Papa, Maman, tout va bien !

Plus d'info


Avis des lecteurs

Envoyez-nous une carte postale

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les cartes sont lues par l'équipe avant publication. Les champs marqués * sont obligatoires.