Marinus Schüssler, randonnées en Patagonie, Pérou, Bolivie

18 juin 2025

Randonnée Andes : les conseils de Marinus Schüssler

Un vent annoncé à plus de 80 km/h plaque parfois Marinus Schüssler au sol, sur les sentiers patagons. Dans ce 20e épisode de la série « Interviews », il livre ses repères pour une randonnée Andes, au fil de six mois entre Argentine, Chili, Bolivie et Pérou, au micro de Papa, Maman, tout va bien !

Béranger Natanelic retrouve Marinus Schüssler après avoir voyagé six semaines avec lui en stop, de Santiago à la Bolivie. Le randonneur allemand repart alors pour une traversée de 200 kilomètres dans la Cordillère Blanche. Il raconte les itinéraires parcourus, mais aussi ses limites et ses interrogations. Ainsi, l’épisode donne des pistes concrètes sans cacher les risques de la haute montagne.

Randonnée Andes : de la Terre de Feu au Pérou

Marinus commence en Terre de Feu, avec le circuito Valdivieso, puis poursuit vers El Chaltén et le trek Huemul. Il cite aussi Cerro Castillo, sur la Carretera Austral, Cinco Lagunas près de Bariloche et la Villarrica Traverse. Cette dernière demande de longues journées de marche, avec peu de points d’eau sur certaines portions. Pourtant, elle reste peu fréquentée selon lui.

En Bolivie, le trek de Maragua, près de Sucre, lui fait découvrir une autre facette de la marche. Les villages, l’agriculture et les discussions avec les habitants prennent alors autant de place que les panoramas. Plus tard, le Takesi Trek l’emmène par un col à 4 700 mètres. Avec un compagnon japonais, il est invité dans une école de montagne et partage un repas d’umita avec une habitante.

Au Pérou, il évoque Ausangate, Choquequirao et Huayhuash. Ausangate atteint 5 200 mètres et demande, insiste-t-il, une bonne acclimatation. Choquequirao lui plaît pour ses ruines incas encore prises dans la végétation. Quant à Huayhuash, il le considère comme son trek le plus marquant, notamment pour ses glaciers, ses rivières et la diversité de ses passages.

Des sentiers moins équipés que les Alpes

Pour Marinus, les Andes offrent souvent moins d’infrastructures que les massifs européens. Les chemins peuvent être peu visibles, les informations difficiles à trouver et les distances entre deux points d’eau importantes. En revanche, cette randonnée Andes peut mener dans des espaces où l’on croise très peu de monde. Il recommande donc de préparer l’itinéraire avec soin, plutôt que de compter sur les seuls panneaux.

Il qualifie de « technique » un itinéraire où il faut utiliser les mains, progresser sur un glacier ou traverser des zones exposées à une chute. À Bariloche, il raconte ainsi des passages escarpés et un tracé difficile à suivre. Le Huemul comporte également un passage glaciaire. Par ailleurs, les dénivelés et l’altitude changent rapidement les conditions d’effort.

Ce goût pour les itinéraires de plusieurs jours fait écho à d’autres récits de marche sur la radio, comme cette randonnée à travers l’Islande. Toutefois, Marinus souligne une différence majeure : dans les Andes, l’isolement peut compliquer toute assistance. La préparation ne se limite donc ni aux chaussures ni à la tente.

Altitude, météo et compagnons de marche

La météo reste l’un de ses premiers sujets de vigilance. En Patagonie, les conditions peuvent changer en quelques minutes. Sur le Huemul, il raconte avoir affronté un vent si puissant qu’il ne parvenait plus à avancer. Les prévisions donnent une tendance, mais elles ne remplacent pas l’observation sur place. Ainsi, il conseille de prévoir du temps et de renoncer si les conditions se dégradent.

Dans les régions d’altitude, il privilégie la saison sèche, tout en rappelant que les saisons deviennent moins prévisibles. Pour les treks péruviens en hauteur, il suggère d’attendre au moins juin, voire plus tard selon l’enneigement. L’acclimatation compte particulièrement avant un col ou un sommet élevé. Le Huayna Potosí, présenté comme un sommet de plus de 6 000 mètres accessible avec guide, reste selon lui très exigeant.

Marinus déconseille surtout de partir seul sur les itinéraires très isolés. Il distingue les sentiers fréquentés, où rejoindre d’autres marcheurs peut être simple, des secteurs où personne ne viendra rapidement aider. Il utilise un Garmin inReach pour envoyer des messages et déclencher une alerte, sans le considérer comme une garantie. Pour sa future traversée, il s’appuie aussi sur un groupe dont les compétences et l’état de santé sont connus.

Marcher près des communautés avec attention

Les randonnées ne se résument pas aux sommets, rappelle Marinus. Au fil des passages en Bolivie et au Pérou, elles donnent accès à des villages et à des façons de vivre liées à la montagne. Cependant, il appelle à ne pas s’installer sans précaution sur les terres habitées. Un campeur inconnu peut inquiéter des personnes peu habituées à voir passer des voyageurs.

Cette dimension culturelle change son regard sur la randonnée Andes. Il raconte avoir entendu des récits locaux et des croyances associés aux montagnes. Il ne les présente pas comme des vérités établies, mais comme des repères qui invitent à demander l’accord, à discuter et à respecter les lieux. Au fond, marcher loin des villes ne dispense pas de tenir compte des territoires traversés.

Le débat sur les droits d’entrée

La fin de l’entretien aborde les entrées payantes dans certains parcs et réserves d’Argentine, du Chili et du Pérou. Marinus juge plusieurs tarifs trop élevés au regard des équipements observés. Il rapporte aussi des témoignages mettant en cause l’usage de cet argent. Toutefois, il précise ne pas pouvoir établir avec certitude à qui vont les sommes collectées.

Béranger et lui évoquent notamment des tarifs changeants ou peu lisibles, rencontrés pendant leur marche près de Sucre. Leur discussion ne tranche pas la question. Elle rappelle plutôt qu’une randonnée Andes implique des règles locales, des communautés et des infrastructures très différentes d’un secteur à l’autre. Les deux voyageurs invitent chacun à se faire son avis, en recherchant des informations claires avant le départ.

À écouter aussi sur Allô la Planète

Écoutez l’épisode pour suivre les choix, les doutes et les itinéraires de Marinus Schüssler sur les sentiers andins.

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