Cocxtrotter, voyager de l’Asie à l’Amérique du Sud sans argent
21 août 2024
Voyager sans argent : Corentin cherche à franchir le Pacifique
Aux Philippines, Corentin cherche un bateau, un avion ou un partenaire pour passer le Pacifique. Dans ce 9e épisode de la série « Interviews », Papa, Maman, tout va bien ! suit son choix de voyager sans argent depuis la Thaïlande.
Depuis le Brésil, Béranger Natanelic échange avec Corentin, qui se présente en ligne sous le nom de Cocxtrotter. L’invité raconte une aventure commencée le 7 juillet 2023, alors que ses comptes étaient à zéro. Il avait alors un téléphone, une GoPro, un ordinateur déjà endommagé et quelques vêtements dans son sac. Son idée initiale semblait pourtant plus courte : rejoindre l’Amérique du Sud en quelques mois.
Plus d’un an plus tard, il se trouve aux Philippines. Il y a parcouru les îles avant de se consacrer à la traversée du Pacifique. Son récit ne gomme ni les refus, ni les risques sanitaires, ni le vol de ses affaires. Il décrit aussi les aides reçues, les travaux accomplis et les rencontres qui ont jalonné sa route.
Voyager sans argent, entre stop et volontariat
Au départ, Corentin voyageait en Asie avec ses économies, après avoir quitté la France deux ans plus tôt. Il avait notamment parcouru l’Inde et le Népal comme backpacker. Arrivé en Thaïlande, il a choisi de ne pas rentrer lorsque son budget a été épuisé. Il a alors fixé son cap vers l’Amérique du Sud.
Pour avancer, il tend le pouce et cherche des occasions de donner un coup de main. Ainsi, il a participé à la construction d’un skatepark avec un Français. En Malaisie, il a aussi aidé à créer un camping de bambou. Plus tard, il a assisté une personne en situation de handicap dans des tâches quotidiennes.
Ces échanges lui permettent d’obtenir un toit et des repas contre son temps de travail. Dans un autre cas, un Français rencontré dans la rue lui a proposé de faire de la peinture chez lui. En retour, Corentin a été hébergé pendant une semaine. Il insiste toutefois sur le fait que ces arrangements se sont faits sans passer par une plateforme.
Recevoir sans mettre les autres en difficulté
La question de la nourriture traverse l’entretien. Corentin explique avoir d’abord demandé des invendus ou des produits proches de la date de péremption dans des magasins et des stations. Il ne voulait pas solliciter directement des personnes qu’il pensait pouvoir mettre en difficulté. Ensuite, il dit avoir surtout accepté ce que des habitants lui proposaient spontanément.
Au Cambodge, il a passé deux semaines dans un temple, où il faisait du bénévolat. Il y a appris que les marcheurs et voyageurs pouvaient parfois y être accueillis et nourris. Par ailleurs, il cite les fruits trouvés le long des routes comme les bananes ou les cocos. Cette pratique de voyager sans argent reste, selon lui, un choix personnel qu’il ne conseille pas de reproduire sans réflexion.
Il a aussi publié un e-book et créé du contenu sur les réseaux sociaux. Ses revenus restaient modestes, explique-t-il, et servaient notamment à se nourrir ou à régler des visas. Plus récemment, il a ouvert une page Patreon. Il y partage un journal de bord hebdomadaire et les coulisses de son parcours.
Une nuit dehors et une infection à soigner
Le récit apporte plusieurs nuances à l’image d’un voyage improvisé sans conséquence. Corentin dit avoir dormi dehors à plusieurs reprises. Lorsqu’il le devait, il demandait aux habitants quels lieux lui semblaient sûrs. Il rapporte s’être généralement senti en sécurité en Asie, tout en distinguant le cas de Manille, qu’il juge plus délicat.
Le principal danger qu’il identifie concerne sa santé. Il raconte avoir souffert d’infections aux jambes, faute d’argent pour les faire soigner immédiatement. Finalement, un ami lui a envoyé de quoi consulter. Corentin le dit clairement : une blessure plus grave ou un accident auraient rendu sa situation très compliquée.
Il évoque également une nuit chez un habitant durant laquelle sa GoPro, son ordinateur et son passeport ont été dérobés. La police a retrouvé son passeport le lendemain, mais pas son matériel. Cet arrêt forcé lui a permis de se reposer alors qu’il se sentait déjà diminué. Il en tire l’idée qu’il aurait dû davantage écouter son corps.
Des Philippines au Pacifique, le passage reste ouvert
Avant les Philippines, Corentin est passé par la Thaïlande, le Bangladesh, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie et Bornéo. Il a dû rebrousser chemin près de la Birmanie, où le passage lui a été refusé en raison de la guerre. Aux Philippines, les routes terrestres ne suffisent plus. Pour continuer, il lui faut désormais franchir l’océan.
Il a cherché pendant environ un mois et demi une place sur un bateau. Le cargo-stop lui semble devenu difficile, notamment depuis le Covid, et les refus se sont accumulés. Il explore donc d’autres pistes : les ports, les aéroports, les groupes Facebook consacrés au bateau-stop et l’éventualité d’un partenariat. Depuis quelques semaines, il tente aussi l’avion-stop.
Cette recherche est le point de tension de l’épisode. Corentin assume le caractère improbable de sa démarche, sans garantir qu’elle aboutira vite. Il résume sa progression par une formule simple : passer d’une hésitation à demander l’heure à des sollicitations dans les aéroports. Pour lui, voyager sans argent signifie aussi apprendre à accepter les réponses négatives et à chercher autrement.
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