Les Évadés, carnet de voyage d’un paraplégique libéré
Marion 26 août 2026
Les Évadés, carnet de voyage d’un paraplégique libéré
Un fauteuil roulant dans le sable du Sahara, et deux personnes qui avancent. C’est une des images que laisse Les Évadés carnet de voyage d’un paraplégique libéré, publié chez Gründ par Myriam et Pierre Cabon. Le livre en aligne beaucoup d’autres, et il en tire une question simple : qu’est-ce qui empêche vraiment de partir ?
Marion Moulin lui consacre sa chronique « Au fil des pages », sur la webradio Allô la Planète. Vous pouvez l’écouter ici avant de lire la suite.
Après le 13 novembre 2015
Pierre Cabon se trouve au Bataclan le soir du 13 novembre 2015. Sa moelle épinière est touchée, et il en ressort paraplégique. Le récit ne s’attarde pourtant pas sur cette nuit-là. Quelques pages, puis la route reprend le dessus. Ce cadrage dit déjà le ton du livre, où l’accident n’est jamais le sujet mais le point de départ.
Myriam et Pierre voyageaient avant. Alors, ils recommencent, sans attendre d’être prêts. En 2018, ils fondent Wheeled World, un média consacré à l’aventure accessible, et le livre en est le prolongement direct. D’ailleurs, c’est cette année-là que commence la série de voyages qui structure l’ouvrage.
Ce que raconte Les Évadés
En juin 2018, le couple traverse l’ouest américain : près de 4 000 kilomètres, de Salt Lake City à San Francisco. L’année suivante, il passe trois mois en Amérique du Sud et parcourt plus de 10 000 kilomètres, du Pérou au Brésil, en passant par la Bolivie, le Chili et l’Argentine. Puis vient la Nouvelle-Zélande, traversée en tandem en mars 2020.
La liste continue. En 2023, Myriam et Pierre courent le Marathon des Sables, dans le Sahara. Et en 2025, ils préparent la traversée du Canada à bord du Canadien, 4 500 kilomètres de rail entre Toronto et Vancouver, avec escales à Winnipeg et Jasper. Le vertige guette, forcément.
Pourtant, Les Évadés carnet de voyage d’un paraplégique libéré ne cherche jamais l’exploit. Aucun chapitre ne s’ouvre sur un record. Chacun s’ouvre sur une question d’intendance, et c’est précisément ce qui rend ces pages utiles.

Une méthode, plutôt qu’une performance
Kayak, plongée, surf, voile, rafting, stand-up paddle, snow-kart, hand-ski, parachutisme : la liste des pratiques du couple tient sur une ligne. Elle dit moins une collection de sensations qu’une manière de faire. Une phrase que relève Marion Moulin dans sa chronique résume cette logique.
« Rien n’est impossible avec le bon équipement, le bon coéquipier et la bonne information. »
Ainsi, chaque départ commence par de la logistique. Où dort-on ? Comment monte-t-on ? Qui pousse dans la côte ? Ensuite seulement vient le paysage. Cette inversion de l’ordre habituel fait l’originalité du livre.
Car les auteurs notent ce que le genre passe d’ordinaire sous silence. Les rampes absentes, l’hôtel qui promet l’accessibilité et livre trois marches, les journées où l’on renonce. On y apprend qu’un fauteuil de voyage se démonte en quatre pièces. Qu’un vol long-courrier abîme souvent les roues. Qu’il vaut donc mieux emporter des rustines. Ces détails paraissent minuscules, mais ce sont eux qui décident si le départ a lieu.
À qui s’adresse Les Évadés carnet de voyage
Vous n’y trouverez ni manuel ni leçon de courage. En revanche, il y a des itinéraires, du matériel, des budgets d’énergie et beaucoup d’humour.
En effet, les lecteurs qui roulent trouveront dans ce livre des repères concrets. Des adresses, des budgets, des ordres de grandeur. Les autres y gagneront une façon différente de regarder une carte, et sans doute une gêne utile devant les trois marches d’une entrée. Si vous aimez les récits écrits à deux voix, notre chronique sur un duo lancé vers l’inconnu prolonge assez bien celui-ci.
« Ce n’est pas impossible, juste possible autrement. »
Une liberté qui se prépare
Le titre n’est pas seulement une image. Pour Myriam et Pierre Cabon, s’évader désigne d’abord une contrainte à desserrer : celle du corps, bien sûr, mais aussi celle des regards. Ils la décrivent sans jamais s’en plaindre, ce qui rend le propos d’autant plus net.
Toutefois, le livre garde une légèreté rare dans ce registre. On sourit souvent, puis on note des adresses, et l’on finit par calculer un itinéraire. Reste une question, que les auteurs laissent ouverte : combien de voyages n’ont jamais eu lieu, faute d’une rampe et d’une bonne information ?
Pour prolonger, retrouvez nos autres chroniques littéraires.
Les références du livre
- Titre : Les Évadés – Carnet de voyage d’un paraplégique libéré
- Auteur(s) : Myriam Cabon et Pierre Cabon
- Éditeur : Gründ — fiche de l’éditeur
- Année de parution : 2025
- Nombre de pages : 238
- Prix : 35 €
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