L’appel des cabanes, ou l’art de s’ensauvager
Marion 29 août 2026
L’appel des cabanes, ou l’art de s’ensauvager
Dans ce nouveau numéro d’Au-fil des pages, la chronique littéraire d’Allô la Planète, Marion présente L’appel des cabanes. Ce livre suit Frederic Desfrenne sur les chemins de montagne et vers des refuges souvent modestes. Le livre observe ce qui se joue derrière une porte sans cadenas : un feu, du bois, des règles et parfois des inconnus. Il parle aussi de marche, de sobriété et de lieux qui restent fragiles.
Marion Moulin présente ce livre dans « Au fil des pages », sur la webradio Allô la Planète.
L’appel des cabanes, une porte sans cadenas
À huit heures, le marcheur aperçoit une cabane de pierre et de bois au bout du chemin. D’abord, une question s’impose : le lieu sera-t-il accessible ? Une commune, un particulier ou une association peut gérer ces abris. Les responsables peuvent aussi les fermer à clé.
« À huit heures, j’ai aperçu la cabane de pierre et de bois au bout du chemin. Allait-elle être ouverte ? La commune ou l’association qui la gérait l’avait peut-être fermée. Pas de cadenas, la cabane était encore libre. Quelle chance en ces temps muselés, me suis-je dit. »
Ce passage donne au livre son rythme précis. Il ne s’agit pas seulement de rejoindre un point sur une carte. Il faut prévoir l’excursion, accepter l’incertitude et respecter le lieu trouvé. Ensuite, la cabane devient une halte plutôt qu’un décor.
Des gestes modestes, mais jamais anodins
Frederic Desfrenne décrit les gestes du séjour en cabane avec attention. On fait du feu, on ramasse du bois et l’on partage un moment avec d’autres marcheurs. Ainsi, le confort tient dans peu de choses. Il dépend pourtant du soin apporté à chaque détail.
La propreté compte autant que le feu. De plus, les règles d’usage protègent ces lieux mis à disposition des voyageurs. Le livre ne transforme pas les cabanes en hôtels de fortune. Il rappelle leur caractère précaire, sans faire la leçon.
Cette attention aux usages rejoint d’autres récits publiés dans la chronique littéraire d’Allô la Planète. Elle fait aussi écho à ce livre consacré au pèlerinage. Dans les deux cas, la marche impose son propre tempo. On avance moins vite, mais on regarde davantage.
L’appel des cabanes et le pays imaginaire
Le livre ne promet pas une fuite facile. Cependant, il donne une place nette à l’écart, aux forêts, aux ravins, aux torrents et aux lacs. Frederic Desfrenne écrit que chacun possède son pays imaginaire. Le sien se tient loin de la « folie des hommes ».
« Vous l’avez compris, cette cabane est au sein du monde dans lequel je me réfugie quand la réalité m’est insupportable. Je suis convaincu que chacun a son pays imaginaire. Le mien est une terre de forêts, de ravins, de torrents et de lacs, éloigné de la folie des hommes. »
La formule pourrait sembler vaste, mais le récit la ramène à des objets concrets. Il y a une porte, un poêle, du bois et le chemin parcouru avant l’arrivée. Par ailleurs, la vue sur la Chartreuse inscrit une scène dans un paysage reconnaissable. Le livre préfère les gestes aux grands discours.
Une montagne qui revient de loin
Un souvenir fixe l’origine de cette relation à la marche. Durant l’été de ses 14 ans, Frederic Desfrenne séjourne dans le Val d’Aoste. Face au Mont Blanc, il marche chaque jour pendant un mois. Puis la montagne demeure un point de repère.
L’auteur affirme parcourir le pays, ses traverses et ses cabanes depuis plus de 40 ans. Cette durée ne sert pas à établir un palmarès. Elle éclaire plutôt une pratique patiente, faite de départs répétés et de retours aux mêmes besoins. Que cherche-t-on, au fond, derrière une porte de cabane ?
L’appel des cabanes intéressera les marcheurs, les habitués de refuge et les lecteurs curieux de sobriété. On y trouve une manière concrète de préparer une sortie et d’occuper un abri commun. Enfin, le livre laisse une question en suspens : comment préserver ces lieux sans les figer ?
La prochaine porte n’est jamais très loin.
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