Jacob Granger, coordinateur chez Médecins Sans Frontières à Gaza

13 août 2025

Mission humanitaire Gaza : Jacob Granger raconte son arrivée

Une route vide, des véhicules blindés et des étals où ne restent que quelques tomates : la mission humanitaire Gaza de Jacob Granger commence le 11 juillet 2024. Dans ce 23e épisode de la série « Interviews », il raconte à Papa, Maman, tout va bien ! son travail de coordinateur de projet pour Médecins Sans Frontières, entre sécurité, soins et inquiétude pour ses collègues.

Depuis avril 2024, Jacob Granger a effectué plusieurs missions liées à Israël et à la Palestine. Il a travaillé depuis Jérusalem, Gaza puis Amman. Lors de sa première entrée dans la bande de Gaza, il est chargé des opérations et de la sécurité des équipes. Son rôle concerne les expatriés, peu nombreux sur place, mais aussi les collègues gazaouis qui assurent l’essentiel des activités.

Une mission humanitaire Gaza décidée en quelques jours

Jacob Granger devait initialement partir au Soudan. Pourtant, son employeur lui propose une rotation à Gaza à la suite d’un changement de programme. Il sait rapidement qu’il acceptera, tout en mesurant la responsabilité qui l’attend. Après l’appel, il prend du temps seul pour tenter de se préparer mentalement.

Ensuite, il doit annoncer son départ à ses proches. Il choisit de le dire à ses parents et leur explique les règles de sécurité mises en place par son organisation. Cette préparation reste brève : selon son souvenir, une semaine à dix jours seulement séparent l’appel de son entrée dans Gaza.

Le trajet passe d’abord par Paris, puis Amman. À l’aube, un taxi l’emmène vers un bus qui rassemble des humanitaires. Le groupe traverse la Cisjordanie, passe par Jérusalem et rejoint le poste-frontière de Kerem Shalom, aussi appelé Kerem Abou Salem. Là, les passagers montent dans des véhicules blindés pour entrer dans la bande de Gaza.

Des routes détruites jusqu’à Deir el-Balah

Depuis le véhicule, Jacob Granger découvre des quartiers dont les bâtiments sont au sol. Il évoque des escaliers disloqués, des toits dressés à la verticale et une poussière présente partout. Plus loin, en remontant Salah ad-Din Road, il aperçoit quelques petits étals. On y trouve surtout des conserves et très peu de fruits ou légumes frais.

Sur la route côtière Al-Rashid, les tentes de fortune s’étendent près de la mer. Cette fois, les rues sont plus peuplées. Des habitants saluent le passage des voitures de Médecins Sans Frontières. Cette reconnaissance le rassure quelque peu, après le trajet fermé et silencieux dans les blindés.

La base de vie se situe à Khan Younès, près de la côte. Entre neuf et douze expatriés y vivent pendant cette période, dans une maison aux espaces restreints. L’organisation intervient notamment à l’hôpital Nasser, présenté comme le plus grand hôpital encore debout à ce moment-là. Une clinique à Gaza City fonctionne alors avec des collègues palestiniens.

La sécurité, un travail sans maîtrise totale

Pour cette mission humanitaire Gaza, la sécurité ne se résume pas à appliquer des procédures établies. Jacob Granger compare la situation à un « Colin-Maillard ». Les risques sont nombreux et les informations incomplètes. L’équipe recoupe donc ce qu’elle peut afin de décider des déplacements et de maintenir les activités médicales.

Les bruits de drones, les déflagrations et les colonnes de fumée deviennent quotidiens. Quelques jours après son arrivée, il ressent une onde de choc plus forte à l’hôpital Nasser. Des ambulances arrivent ensuite après une frappe dans une zone de tentes, à environ 800 mètres de l’hôpital selon son estimation.

Cependant, l’organisation poursuit son action parce que les besoins sont considérables. Elle signale aux autorités israéliennes les lieux où elle travaille et les déplacements prévus pour ses opérations. Jacob Granger rappelle que ces démarches ne garantissent pas une protection totale. Elles constituent néanmoins l’un des moyens disponibles pour réduire les risques.

Coiffeurs, glaces et gestes ordinaires

Au milieu des destructions, Jacob Granger retient aussi des scènes de vie quotidienne. Il est frappé par le nombre de coiffeurs installés dans des étals. Il y voit une façon de préserver des habitudes, alors que les habitants ont connu des déplacements répétés. D’après une enquête menée auprès de collègues à l’époque, la moyenne atteignait cinq ou six déplacements.

Il raconte aussi les repas partagés, les cigarettes proposées malgré leur prix élevé et les moments de rire avec ses collègues. Un souvenir le marque particulièrement : deux personnes discutant près d’une carlingue brûlée en mangeant une glace improvisée. Ainsi, cette mission humanitaire Gaza lui montre une humanité qui perdure, sans effacer la violence ni les pertes.

Le retour à Amman produit un contraste brutal. De l’autre côté de la frontière, il retrouve des plantations, des magasins, des cafés et des enfants attendant leur bus scolaire. Puis l’adrénaline retombe. Il décrit une grande fatigue, une envie de pleurer et la difficulté de savoir des collègues toujours présents sur place.

Responsabilité, soutien et questions ouvertes

Jacob Granger insiste sur la nécessité de se méfier des discours trop généraux sur le conflit. Il invite aussi les personnes qui souhaitent agir à interpeller leurs gouvernements, notamment sur les ventes ou achats d’armes. Par ailleurs, soutenir des organisations ou des agences humanitaires constitue, selon lui, une action concrète.

Il doit repartir à Gaza après avoir travaillé à distance depuis Amman. Il dit avoir peur de ce qu’il découvrira, un an après sa première rotation. Pourtant, il souhaite aussi retrouver et soutenir ses collègues dans la limite de son rôle. Cette mission humanitaire Gaza pose enfin une question plus large : comment vivre heureux sans renoncer à regarder ce qui se passe ailleurs ?

À écouter aussi sur Allô la Planète

Écoutez l’épisode pour entendre le récit complet de Jacob Granger et les questions qu’il laisse ouvertes.

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