Le chant des roues

Marion Moulin 7 septembre 2026

Le chant des roues, Claude Marthaler à vélo

Rouler 122 000 kilomètres à vélo, traverser 60 pays en sept ans, dormir sous d’innombrables toits ou sous la tente, affronter les steppes, les cols, les déserts et les formalités : Le chant des roues – 7 ans à vélo autour du monde, c’est l’histoire de Claude Marthaler. Ce livre, chroniqué par Marion Moulin dans « Au fil des pages » sur la webradio Allô la Planète, offre un témoignage rare sur le voyage au long cours à vélo et la puissance de l’hospitalité.

 

Tout commence dans un ascenseur, avec six sacoches et un vélo dressé sur sa roue arrière. Claude Marthaler écrit : « J’embarque dans l’ascenseur mes six sacoches, puis mon vélo dressé sur sa roue arrière. » D’abord, ce détail domestique donne la mesure du projet. Il faut sortir de l’immeuble avant de traverser des continents.

Le 12 mars 1994, Claude Marthaler quitte la Suisse à vélo. Son objectif initial consiste à rejoindre le Japon deux années plus tard. Ensuite, l’itinéraire refuse de se ranger dans une case ou sur une carte pliée. La destination devient une étape.

Une route qui dépasse le Japon

Le chant des roues raconte cette extension progressive du voyage. Après le Japon, Claude Marthaler gagne l’Alaska, puis l’océan Arctique. Il traverse aussi les montagnes Rocheuses et la cordillère des Andes. En mars 1999, il arrive à Ushuaïa.

La route repart ensuite depuis Le Cap, vers le nord de l’Afrique. Le voyage s’achève en juin 2001, selon la chronique. Au total, l’auteur parcourt 122 000 kilomètres et visite 60 pays. Ces chiffres n’écrasent pourtant jamais les gestes racontés.

Des rencontres, du thé et du temps

Le livre s’arrête auprès de pèlerins bouddhistes et dans les rues de Katmandou. Claude Marthaler y prépare un voyage vers le Tibet durant trois semaines. Puis il entreprend un trek d’une dizaine de jours pour s’acclimater à l’altitude. La route vers Lhassa annonce 4 600 mètres de dénivellation sur les 145 premiers kilomètres.

Les pages s’attachent également à l’hospitalité. « En Orient, on ouvre d’abord la porte, on fait asseoir le convive, on lui donne du thé pour étancher sa soif, à manger pour combler son appétit et de là on lui offre de la présence pour briser la solitude. » Cette phrase ne transforme pas les pays traversés en décor. Elle décrit une scène, des gestes et une place offerte.

Le chant des roues face au froid

Le voyage n’a rien d’une ligne continue sur un atlas. Il faut attendre un passeport envoyé à Hong Kong, préparer les étapes et composer avec le climat. Dans les montagnes du Colorado, le réchaud devient ainsi un objet décisif. Claude Marthaler écrit : « Je réchauffe mes doigts de pied et mes mains à la flamme du réchaud avant de me glisser sous la tente qui représente mes deux mètres cubes de paradis. »

Le récit évoque aussi une traversée du Congo démocratique en pleine guerre. Toutefois, il ne fournit ici ni date ni précision sur le conflit. Le livre passe encore par le Sahara et la Mauritanie. Il ne gomme pas les difficultés derrière une belle photo de guidon.

Lire la route sans quitter la table

Le chant des roues intéressera les lecteurs qui aiment les récits de voyage attentifs à la logistique. On y trouve des cols, des démarches administratives, des repas et des abris. De plus, les rencontres déplacent sans cesse le centre du récit. Le vélo sert moins de décor que d’outil pour rester à hauteur des personnes croisées.

Pour poursuivre parmi les récits de cyclistes, vous pouvez lire le récit d’une traversée à vélo. La rubrique des autres chroniques littéraires permet aussi de prolonger la lecture. Enfin, cette route laisse une question simple : où s’arrête vraiment un voyage ?

Carte d'embarquement

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