Marins à l’encre

Marion Moulin 23 septembre 2026

Marins à l’encre, nouvelles d’Alaska

Cette chronique littéraire Au fil des pages, présentée par Marion Moulin sur la webradio Allô la Planète, nous embarque avec Marins à l’encre. Le recueil est né d’une expédition littéraire menée sur les eaux d’Alaska. Avec Marins à l’encre, la navigation devient une manière de lire les paysages, les animaux et les voix rencontrées au large.

Deux journalistes, Sylvie Cohen et Marc Decrey, prennent la mer en 2007. Ils naviguent ensemble et invitent des artistes à partager leur route. Leur expédition en Alaska donne matière à un recueil, à des lectures et à un film réalisé pendant le voyage. Le livre évoque aussi une démarche de voyage solidaire, attentive aux rencontres et à la création. Rien ne presse sur un voilier : il faut suivre la météo, regarder l’horizon et accepter ce que la mer apporte.

Prendre la mer pour découvrir

Le départ ne sert pas à accumuler les horizons. Il pose d’abord une façon de voyager. Sylvie Cohen et Marc Decrey formulent cette intention avec des mots simples : « Dépasser la simple consommation de paysages ou le selfie sur fond turquoise dans le lagon. Ne pas faire un pays, mais le découvrir. » Ainsi, l’Alaska ne devient pas un décor à traverser vite.

La mer impose son rythme et déplace le regard. Les escales, les voix et les images prennent alors le temps d’exister. Cette route peut rappeler la chronique Voyager Responsable, elle aussi attentive à la manière de se déplacer. Ici, pourtant, la navigation porte surtout un travail d’écriture et de partage.

Marins à l’encre sur l’eau

Le titre Marins à l’encre dit bien cette alliance entre le bateau et la page. Des artistes embarquent avec les navigateurs pour écrire, dessiner ou raconter. Le recueil rassemble des nouvelles liées à cette expérience collective. La création ne reste donc pas à quai : elle voyage avec les cartes, les amarres et les variations du ciel.

À la mer de Béring, le récit laisse entrer l’étrangeté. Un pêcheur prend la parole et confie : « Je suis un pêcheur et je crois que je suis fou. Hier, un saumon m’a parlé. » Plus loin, il insiste : « Je n’étais pas fatigué, je n’avais bu que quelques bières. Le saumon m’a parlé. » Le lecteur entend une scène décalée, mais aussi la place accordée au vivant.

Des rencontres à partager

Les navigateurs défendent une route ouverte aux autres. Ils l’écrivent ainsi : « Pour nous, naviguer c’est découvrir, s’ouvrir à l’inconnu, aller à la rencontre de l’autre, que cet autre soit nature ou culture. » Cette phrase tient dans le sillage du livre. Elle relie les côtes d’Alaska aux personnes qui montent à bord pour créer.

Le voyage se construit aussi avec des gestes de transmission. Les projets liés à Sylvie Cohen et Marc Decrey sont présentés comme solidaires et humanistes. La chronique mentionne notamment le don d’organes et la transplantation parmi les premiers engagements du couple. Cependant, le livre ne quitte jamais vraiment la mer : chaque engagement part d’une navigation vécue.

Quand la tempête arrive

La route ne se laisse pas toujours raconter calmement. Une tempête coupe le fil du voyage : « La tempête me surprend au large d’Acheredin Bay, au sud de l’île d’Unga. Elle arrive sans prévenir. »

Cette irruption rappelle que la navigation dépend d’éléments plus vastes que les voyageurs. D’abord, il y a le départ. Puis il y a l’attente, le vent et les décisions prises au large. Sur les routes maritimes, une carte ne suffit pas toujours. Il faut aussi apprendre à écouter ce qui vient.

Lire au rythme des marées

Ce recueil parlera aux lecteurs qui aiment les récits où le déplacement nourrit l’imaginaire. Il s’adresse aussi à ceux qui cherchent dans un livre de voyage des voix, des scènes et des fragments de création. Sans dévoiler la suite, la mer y fait naître des récits qui gardent leur part de mystère. Qui n’a jamais prêté une parole aux animaux croisés sur la route ?

Si ce livre vous a donné l’envie de poursuivre vers d’autres écritures voyageuses, la chronique L’Odyssée de la petite Chinoise du Caire prolonge la lecture. Marins à l’encre propose une escale où l’on prend le temps de regarder. La suite appartient au lecteur.

Bonne lecture à tous.

Les références du livre

  • Titre : Marins à l’encre
  • Auteur(s) : Sylvie Cohen et Marc Decrey
  • Année de publication : 2018
  • Nombre de pages : 208
  • Prix : 22,90€

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