Tour Du Monde : Etat d'esprit #1

26 février 2025

Voyage en stop : Béranger fait le point après un an

Une tente posée près d’une rivière, de nuit, dans les environs de Coyhaique : Béranger Natanelic mesure le chemin parcouru après un an de voyage en stop. Dans cet épisode de Papa, Maman, tout va bien !, il revient sur ses doutes, ses habitudes de route et sa façon nouvelle de décider pour lui-même.

Après une année entre la France et Ushuaïa, Béranger Natanelic enregistre un journal personnel depuis le Chili. Il ouvre une série de trois bilans consacrés à son état d’esprit, aux réseaux sociaux et au budget. Cette première étape ne retrace pas un itinéraire. Elle met plutôt des mots sur ce que la route lui a appris : attendre, choisir, s’adapter et se faire confiance.

Un voyage en stop moins romancé qu’il n’y paraît

Au départ, Béranger avait peu d’expérience. Il avait fait moins de mille kilomètres d’auto-stop seul, ne maîtrisait pas les langues nécessaires et n’aimait pas particulièrement voyager en solitaire. Pourtant, il avait lu Le Monde en stop de Ludovic Hubler et échangé avec plusieurs voyageurs, dont El Gato Negro, Juliette Hamon et Lucas Vener. Ces récits l’ont aidé à envisager son départ, mais ils ont aussi nourri une comparaison constante.

D’abord, il pensait devoir suivre une certaine image de l’aventurier : toujours dormir dehors, ne jamais prendre d’hôtel et accumuler les situations difficiles. Ensuite, il comprend que les livres et les réseaux sociaux ne montrent qu’une partie des journées. Au Brésil, il estime avoir fait du stop pendant une vingtaine de journées sur quatre mois. Cependant, ceux qui le suivent pouvaient avoir l’impression que cette activité occupait tout son temps.

Cette prise de recul change son regard. Il assume désormais un camping payé ou une chambre lorsque la situation lui convient. Il ne cherche plus à reproduire les choix d’autres voyageurs. Son voyage en stop n’a pas besoin de ressembler à un récit déjà publié pour compter à ses yeux.

Le Brésil comme point de bascule

Le Brésil marque particulièrement cette première année. Béranger y a vécu des volontariats, des amitiés, des moments seul et des rencontres en voiture. Il évoque aussi trois jours passés avec le dernier camionneur qui l’a pris en stop. Cette relation brève, mais forte, lui reste comme un souvenir familial.

En comparant son séjour à celui raconté par Ludovic Hubler, il réalise surtout qu’une expérience ne se mesure pas à la manière dont elle est racontée. Son passage au Brésil a été long, dense et personnel. Ainsi, il cesse peu à peu de craindre de ne pas vivre une aventure assez impressionnante. Il sait qu’il possède déjà des souvenirs précis de conducteurs et de lieux traversés.

Cette confiance s’accompagne d’un rapport différent au moment présent. Béranger constate que son voyage n’a pas à satisfaire un public futur. Bien sûr, sa famille, ses proches ou les personnes intéressées par le stop peuvent lui poser des questions. Pourtant, ses choix doivent d’abord lui convenir, puisqu’il est celui qui vit les attentes, les rencontres et les fatigues de la route.

Apprendre à décider sur la route

Le voyageur raconte une scène récente qui résume cette assurance nouvelle. Alors qu’un ferry devait lui éviter un long détour, il tente d’obtenir une place, prépare une fausse carte étudiante, puis anticipe la suite avec un camion. Le ferry est finalement annulé. Il rejoint alors rapidement le lieu de stop et part avec d’autres auto-stoppeurs allemands dans une voiture qui fait le trajet par la route.

Pour lui, cette succession d’imprévus révèle une compétence acquise : savoir se déplacer sans suivre un plan fixe. Aujourd’hui, il ne se demande plus seulement s’il atteindra la Colombie. Il réfléchit plutôt au moment où il devra chercher un bateau pour rejoindre le Panama, puis traverser le Pacifique vers la Nouvelle-Zélande ou l’Australie.

Il envisage aussi de nouveaux défis. Parmi eux, il cite une traversée à pied du salar d’Uyuni, l’apprentissage d’une langue en Asie ou une descente de rivière sur un radeau. Toutefois, il tient à conserver sa règle principale : continuer le stop sur son itinéraire, sauf raison de sécurité. Cette pratique lui apporte les rencontres qui donnent sa forme à son voyage.

Hospitalité, solitude et vigilance

Béranger interroge également son rapport à l’hospitalité spontanée. Les invitations reçues restent parmi ses souvenirs les plus marquants. En revanche, après de longues heures de discussion dans une voiture, il ressent souvent le besoin de planter sa tente, cuisiner seul et écouter de la musique. Il ne souhaite donc pas transformer chaque rencontre en hébergement.

Au Chili et en Argentine, les chambres chez l’habitant lui semblent offrir un autre équilibre. Il raconte notamment son séjour chez Maria, qui lui a proposé des repas et une lessive. En payant sa chambre, il a le sentiment de participer aussi à l’accueil reçu. Par ailleurs, cela lui permet de préserver des moments à lui après une journée de conversations.

Ce voyage en stop lui inspire enfin deux vigilances. Il espère éviter un accident ou une agression qui l’obligerait à interrompre sa route. Il veut aussi rester ouvert à la contradiction, sans se croire expert d’un pays parce qu’il y a séjourné. Les compliments reçus sur la route et en ligne ne doivent pas lui faire oublier que chacun porte un intérêt différent à ce qu’il raconte.

À écouter aussi sur Allô la Planète

Écoutez cet épisode pour suivre le bilan lucide et personnel de Béranger après sa première année sur les routes.

Carte d'embarquement

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