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Le droit du sol

Écrit par sur 25 mars 2024

Cette chronique littéraire au fil des chemins et des cartes du Monde, nous entraine cette fois en compagnie d’Etienne Davodeau et sa bande dessinée « Le Droit du Sol ». Ayant pour sous-titre « Journal d’un vertige », l’auteur relie en marchant, deux lieux, deux actes pour les mettre en résonance. Les peintures rupestres de Pech Merle, dans le Lot, et le projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse. Ce livre, cette bande dessinée, est une quête de sens pour une humanité qui se perd.

Les ignorants

J’avais déjà lu une bande dessinée signée Etienne Davodeau : Les Ignorants, récit d’une initiation croisée. Au fil de ces précédentes pages l’auteur mettait en scène son apprentissage des secrets de la vigne et du vin par un ami vigneron et l’apprentissage de ce dernier du dessin par l’auteur lui-même. J’avais beaucoup aimé ce livre, la simplicité apparente du trait, la fraîcheur et l’humanité de l’ensemble… Le hasard n’existe pas et c’est un ami qui, il y a peu, m’a déposé entre les mains ce nouveau livre d’Etienne Davodeau. Dès les premières pages j’ai retrouvé le plaisir et le bonheur de la lecture du premier.

Debout à la surface de la planète

En quatrième de couverture, l’auteur écrit : « Debout à la surface de la planète. Sur les parois de la grotte de Pech Merle, il y a des milliers d’années, des sapiens ont laissé à leurs descendants des souvenirs admirables. A huit cent kilomètres de là, sous le sol de Bure, en ce moment, d’autres sapiens envisagent d’enterrer des déchets nucléaires dont certains resteront dangereux pendant des milliers d’années. Je veux comprendre ce qui sépare et ce qui relie ces deux lieux, ces deux dates. Ici se joue quelque chose qui en dit long sur notre rapport à cette planète et à son sol. Ce n’est rien d’autre qu’une intuition, mais c’est celle qui m’a lancé sur ces sentiers. Entre les deux, je marche pour explorer ce vertige. »

Cette sensation de vertige transmise par l’auteur à travers ses mots et ses dessins, elle touche aussi le lecteur face à l’incompréhension de ce qui se trame entre ces deux époques et ces deux lieux. Explorer ce vertige pour essayer de lui trouver du sens, marcher pour prendre le temps de la réflexion. Voilà un luxe que s’est accordé Etienne Davodeau et qu’il nous offre en résumé par la lecture des pages de son livre.

Tracer une ligne

Tracer une ligne, c’est tout aussi bien écrire que dessiner un récit de vie. Alors pourquoi pas une bande dessinée. Ne dit-on pas qu’un petit croquis vaut mieux qu’un long discours ? Les cartes, celles qui nous font rêver de voyage ne sont-elles pas elles-aussi des dessins ? Etienne Davodeau affirme, non sans une certaine pointe d’humour : « Sur une carte avec un peu de pratique, on peut y lire la moindre crête, y repérer la plus discrète des ruines. Avec un peu de pratique, on sait surtout que jamais ce qu’on a imaginé en survolant le papier ne se vérifie sur place. » Un peu plus loin il ajoute : « Le piéton et l’automobiliste n’appréhendent pas l’espace et les distances de la même façon. Le monde des piétons est plus vaste. »

Défendre une cause

Etienne Davodeau marche pour défendre une cause. Mais ce n’est pas si simple et il déclare : « Les trois premiers jours, l’heure est aux douleurs, mais le corps s’y fera, le corps s’y fait. Le réveil est le moment de l’inspection. Les pieds pleurnichent un peu après ces jours humides et les clavicules s’obstinent : de leur point de vue, le poids du sac reste un pur scandale. » Pourtant il avance, traverse l’Aveyron puis le Cantal. Ainsi il franchit le 45ème parallèle et se trouve à égale distance de l’équateur et du pôle nord. Il avoue : « Je m’y sens en équilibre entre l’un et l’autre comme je me sens à mi-chemin entre le dessinateur de Pech Merle et celui à qui sera peut-être destiné le cadeau hautement merdique de Bure. »
Il est indéniable qu’à travers sa pérégrination au fil des sentiers de grande randonnée, sur huit cent kilomètres, Etienne Davodeau nous livre un récit militant. Mais ne nous leurrons pas, il ne s’agit pas de sauver la Terre, il s’agit de sauver l’humanité. Car quand nous aurons disparu, comme les dinosaures en leur temps, la Terre continuera de tourner et sans doute une autre forme de vie s’y épanouira. Nous, nous serons oubliés et nous ne méritons pas mieux car cette disparition sera de notre fait. Un comble !

Les beautés de la Terre

En chemin, l’auteur nous invite à croiser des spécialistes mettant en lumière les beautés de la Terre. Nous attendant sur le bord du chemin, Bertrand Defois évoque la grotte de Pech Merle, qu’il connait sur le bout des doigts, et son environnement d’il y a plus de vingt mille ans. Il y a aussi Marc Dufumier, agronome qui nous explique ce qu’est un sol et son unicité dans l’univers et l’importance de préserver ce bien. Marc Dufumier a étudié avec René Dumont, premier écologiste qui se présenta à l’élection présidentielle de 1974. Pendant la campagne électorale, il but un verre d’eau en direct à la télévision en expliquant que cette précieuse ressource allait bientôt manquer. On le moqua alors, aujourd’hui bien peu, à part les innocents et les inconscients, rit encore.

Le sentiment d’être à sa place

Outre l’aspect très documenté de cette bande dessinée, il reste l’expérience d’Etienne Davodeau qui n’a pas que rêvé son voyage, il l’a vécu. Il en a tiré de nombreux sujets de réflexions et quelques illuminations sur le chemin comme quand il traversait un haut et vaste plateau cantalien. Il écrit : « L’idée me vient qu’au moment précis de cette marche, peu de sapiens sur la planète Terre sont aussi libres que je le suis. » L’auteur a raison. Si la véritable liberté était celle nous faisant larguer les amarres, celles où posséder un chez soi ne compte plus quand on est partout chez soi.

Il ajoute : « Être chez soi n’a rien à voir avec un quelconque instinct de propriétaire. Ça relève sans doute même de l’inverse. Un sentiment d’appartenance, le sentiment d’être à sa place et d’être en dépendance. Il ne s’agit pas simplement d’endroits où l’on se sent bien. C’est plus que cela, des lieux d’intimité. Certains des miens sont nichés sur les volcans d’Auvergne, d’autres dans les Alpes du Sud, certains arpents de vigne aussi.

Marcher sur la peau du Monde

Qu’est-ce qui peut pousser Étienne Davodeau sur un si long chemin ? Son enfance. Une enfance du XXème siècle, une enfance d’avant les écrans. Des copains, des chiens, une enfance à courir dehors été comme hiver. Mais sans cesse il éprouvait la sensation de butter sur une clôture. Alors le paysage calibré lui a bien vite semblé banal. Son goût pour les journées de marche sans frein dans les amplitudes montagnardes s’ancre peut-être dans ces courses trop brèves ? C’est du moins ainsi qu’Etienne Davodeau pose la question. Et c’est également ainsi qu’il prit conscience que marcher sur le sol, c’était marcher sur la peau du Monde. Il ajoute : « Si prendre un sac à dos et se lancer sur les chemins s’apparente à une aventure, c’est une aventure tout à fait accessible et très démocratique. Nous n’avons pas forcément besoin des confins sibériens. »

Apporter sa propre réponse

En forme de conclusion une seule vraie question mérite d’être posée. Qu’auraient pensé de tout ça ceux qui nous ont laissé des signes sur les parois de la grotte de Pech Merle il y a plus de vingt mille ans ? C’est à chacun en conscience d’apporter sa propre réponse pour se regarder bien en face. Il faut assumer ce que notre société va laisser aux générations à venir.

Le Droit du Sol, journal d’un vertige, d’Etienne Davodeau aux éditions Futuropolis, est disponible chez tous les bons libraires.

Bonne lecture à tous.


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