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Sa Majesté des Papillons

Écrit par sur 15 avril 2024

Cette chronique littéraire au fil des chemins et des cartes du Monde, nous entraine à tire d’ailes sur les traces de Nicolas Moulin et son livre Sa Majesté des Papillons.

Le vol des papillons est une invitation au rêve

Il y a dans le vol des papillons quelque chose de magique et d’éternel. Suspension délicate, arabesque fantasque, ils dessinent des lignes imaginaires colorées dans l’air léger. Le vol des papillons est une invitation au rêve et à l’émerveillement… Ce rêve, il aurait pu aussi être initié par l’écrit de Nicolas Moulin au fil des pages de son livre Sa Majesté des Papillons, mais la réalité de son histoire est tout autre. Si les pages ne sont pas aussi légères que les ailes des papillons, ses mots qui y sont imprimés embarque le lecteur vers des horizons insoupçonnés. D’un simple battement d’ailes, nous voilà propulsés hors de notre fauteuil à suivre les traces de l’auteur. Rien n’est jamais aussi simple qu’il n’y parait.

Les turpitudes de l’âme humaine

A l’automne 2019, Nicolas Moulin, entomologiste passionné, participe à une expédition au cœur de la forêt tropicale de République Centrafricaine dont l’objectif est d’observer le plus grand papillon de jour d’Afrique Papilio Antimachus et d’étudier pour la première fois ses chenilles. Cela aurait pu être une expédition scientifique comme tant d’autres, mais l’histoire en a donc décidé autrement. Le papillon convoité se cache, les membres de l’expédition dévoile leur vraie nature et l’aventure tourne à l’aigre… Nicolas Moulin a tiré de cette expérience ce livre qui se lit comme un roman et dont le sujet est tout autant la vie des insectes que les turpitudes de l’âme humaine.

Chlidonoptera Roxanae

Nicolas Moulin voue une passion particulière pour les mantes ; il en a même découvert une nouvelle lors d’une expédition en 2012 qu’il nomma Chlidonoptera Roxanae en dédicace à sa fille aînée. Cette passion reconnue lui vaudra d’obtenir le titre d’Attaché honoraire du Museum national d’Histoire Naturelle de Paris. Du Vanuatu à Madagascar, de la Guyane à l’Afrique Centrale, il étudie les insectes au cours de nombreux voyages. Mais celui décrit dans son livre fut tout à fait unique.

Le projet Lobaye 2019

Les premières pages du livre dressent la genèse du projet Lobaye 2019 et présentent au lecteur les différents protagonistes comme un scénariste dessinant le décor d’une histoire à venir. Tel un enquêteur suivant la trace d’un suspect, l’auteur se renseigne sur ce papillon recherché. « Durant la bourse aux insectes, je tombe sur un couple de Papilio Antimachus encadrés dans une boîte. Ils proviennent d’Afrique Centrale, plus précisément de la République Démocratique du Congo. Le vendeur est un collectionneur de papillons… Je lui indique que je vais faire partie d’une mission en République Centrafricaine qui a pour but de trouver les premiers stades larvaires d’antimachus, ainsi que sa plante nourricière. Il rit et m’annonce que c’est perdu d’avance. »

La quête du Graal aveugle parfois

Est-ce si difficile de débusquer un papillon si grand et sa chenille ? Bien décidé à délaisser sa passion des mantes pour un temps, Nicolas Moulin s’investit pleinement dans la préparation de l’expédition et se nourrit d’une foule de renseignements sur ce papillon grâce, notamment, à ses collègues du Museum parisien. Toutefois certains se montrent septique sur les chances de réussite de l’expédition. Nicolas Moulin aussi se pose des questions, notamment lors de la dernière réunion sur un week-end avant le départ où l’ensemble de l’équipe est réuni. « Les profils sont tous différents. Les discussions sont riches et constructives mais je me demande si tout cela est très sérieux… En sciences la quête du Graal aveugle parfois. Je me lance dans cette nouvelle aventure, du pur bénévolat, avec un cortège de dingue de nature, et moi. »

Continuer pour savoir

Ce qui est séduisant dans le texte de l’auteur c’est qu’il est véritablement construit comme un roman dont l’intrigue apparaît petit à petit. Au fil des pages la tension monte et à la fin de chaque chapitre, l’envie est trop forte d’en savoir plus et donc impossible de poser le livre et cesser la lecture. Il faut poursuivre, pour savoir, pour comprendre…

Un livre ne se raconte pas, il se lit

Bien sûr il ne serait être question de livrer la moindre indiscrétion sur le fil de l’histoire. Surtout ne pas gâcher le plaisir du lecteur. Un livre ne se raconte pas, il se lit. Mais tout de même, allons un peu plus loin dans le déroulé des évènements.
Samedi 16 novembre c’est l’heure du départ de Paris pour Bangui où Nicolas Moulin arrive le lendemain. Petit à petit, toute l’équipe, arrivant de maints horizons, se rassemble. Malheureusement toutes les habitudes de la colonisation ne sont pas perdues. « En sortant de l’avion, parce que nous sommes blancs, nous avons transmis nos passeports et nos carnets de vaccination avant tous les autres passagers, ce qui nous permet de récupérer nos bagages en premier. J’ai l’impression que, malheureusement, peu de choses ont changé depuis le Voyage au Congo d’André Gide, les blancs bénéficient toujours de passe-droit. »`

Dimanche 15 décembre

Entre états d’âme des uns et des autres et découverte de l’environnement immédiat, humain et social, les pages se succèdent pour dresser un juste tableau de la situation de l’expédition. La lecture nous entraîne dans l’intimité des moindres détails de la préparation et des difficultés administratives et organisationnelles à régler sur le terrain. Jour après jour, tout est raconté, les péripéties, les habitudes quotidiennes qui s’installent, les déceptions, les petites joies aussi, jusqu’au dimanche 15 décembre, jour du retour en France.

Les aventures en Guyane de Raymond Maufrais

Si l’auteur décrit avec précision ce qu’il voit et ressent, c’est grâce à l’habitude qu’il a pris de rédiger un carnet de voyage à chaque expédition. « Forcément j’avais lu les aventures en Guyane de Raymond Maufrais avant de partir en mission à Papaïchton en novembre 2018. C’est ce livre qui m’a encouragé à rédiger des carnets de voyage lors de mes missions. » Le carnet de voyage de la mission Lobaye 2019 lui a donc servi de support de témoignage pour faire le récit de cette aventure, récit qui, comme il l’avoue lui-même, fut amélioré grâce au temps qui arrondi les angles et à la sagesse.

L’enfer ce n’est pas les autres

Dans son épilogue Nicolas Moulin analyse les raisons de l’échec de la mission. Il leur était impossible de trouver la chenille de ce papillon. Le travail de reconnaissance du terrain n’avait pas été réalisé. Reprenant à son compte l’expression de Sylvain Tesson : l’enfer ce n’est pas les autres, c’est l’obligation de vivre avec eux. L’auteur reconnait que dans la difficulté de cette expédition, il a beaucoup appris sur lui-même et sur les autres… Il conclut : « La disparition programmée des insectes, pourtant annoncée dès 1962 dans le Printemps Silencieux de Rachel Carlson, n’a jamais représenté une priorité pour la science. J’espère que les papillons continueront de nous éblouir de leurs couleurs chatoyantes et que nos yeux pourront s’émerveiller encore et encore devant la grandeur de la nature. Ces lieux magiques dépassent notre vision et notre compréhension du vivant… La nature est la seule maîtresse, respectons-là et elle nous épargnera. »

Sa Majesté des Papillons, de Nicolas Moulin, en autoédition chez Librinova, est disponible sur facebook nicolas moulin entomologiste.

Bonne lecture à tous.


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