Marion x Tasmanie
Marc-Antoine Malaspina 17 février 2021
Overland Track Tasmanie : Marion avance malgré le doute
Sur l’Overland Track Tasmanie, Marion part avec un sac trop lourd, une météo instable et beaucoup de questions. Dans ce 47e épisode de Bourlinguez, elle raconte comment sept jours de marche ont déplacé ses limites, sans oublier les rencontres qui l’ont aidée à avancer.
Marion découvre la Tasmanie pendant un voyage de six mois. Cette île située au sud de l’Australie lui apparaît comme un vaste terrain de randonnée, avec montagnes, plaines, cascades et végétation colorée. Un tiers du territoire est protégé par des parcs ou des réserves naturelles. Alors, pour prendre le temps de regarder les paysages et limiter les transports, elle choisit de voyager à pied.
Son objectif se dessine vite : traverser le parc national au centre de l’île. La randonnée se réserve longtemps à l’avance, car seuls trente marcheurs individuels peuvent la commencer chaque jour. Marion s’y prend tardivement. Pourtant, quatre jours avant son vol, un désistement lui ouvre finalement une place.
Sur l’Overland Track Tasmanie, la première journée résiste
La place obtenue ne règle pas la logistique. Marion atterrit au sud de l’île, loin du départ de la marche. Les transports en commun sont peu fréquents et elle enchaîne quatre bus pendant deux jours, pour un trajet qui aurait demandé cinq heures de route. Ensuite, elle doit compléter en urgence son équipement, notamment avec un duvet assez chaud pour la montagne.
Elle doit aussi prévoir six ou sept jours de nourriture et de couchage en autonomie. Faute de temps, elle prépare des sandwichs et des salades dans des sachets. Son sac, qui aurait dû peser autour de dix kilos, atteint au moins dix-huit kilos. À l’entrée du parc, il neige. Le lendemain, elle s’élance sous la pluie, seule, malgré les avertissements reçus sur les risques du terrain.
D’abord, la brume donne une atmosphère particulière au sentier. Puis un mur de pierre équipé d’une chaîne lui impose une montée éprouvante. Chaque marche pèse avec le sac sur le dos. Marion vise pourtant un point de vue qui porte son prénom. Là-haut, une éclaircie fait apparaître un grand arc-en-ciel au-dessus d’un lac. Cette récompense lui donne l’élan nécessaire pour continuer.
Des sommets, des cairns et des coups de pouce
L’Overland Track Tasmanie propose une traversée de 65 à 80 kilomètres, mais aussi des détours vers des sommets. Marion tente plusieurs de ces side trips. Lors de l’un d’eux, la pluie rend les rochers glissants et la visibilité reste faible. Elle renonce avant le sommet, jugeant qu’aller plus loin ne serait pas sérieux. Le soir, au refuge, elle échange avec un autre randonneur qui a lui aussi vécu une journée difficile.
Cette discussion change sa perception. Les autres marcheurs, même mieux préparés, ont connu les mêmes hésitations face à la météo et au terrain. Ainsi, au fil des soirées, les récits de chacun deviennent des encouragements. Tous marchent à leur rythme durant la journée, puis se retrouvent dans les huttes ou près des campements. Marion comprend qu’elle n’est pas la seule à douter.
Le lendemain, elle repart seule vers un sommet qu’elle avait laissé de côté. Des cairns indiquent vaguement le chemin entre les rochers. Elle choisit une mauvaise direction, fait demi-tour, puis glisse sans gravité. Alors qu’elle hésite à poursuivre, un habitant de la région arrive sur le sentier. Il connaît ce sommet comme son terrain de jeu et lui propose simplement de le suivre. Ensemble, ils atteignent une vue à 360 degrés sur les reliefs environnants.
Plus tard, Marion tente l’Acropolis, un autre sommet du parc. Dans un refuge, deux randonneuses lui rappellent les panneaux déconseillant ce parcours en solitaire. Elle décide néanmoins d’aviser sur place et de progresser prudemment. Un homme qui se présente comme un ancien bushman la rejoint au sommet. Surtout, il lui indique un passage plus praticable pour la descente. Entre les pierres, Marion rampe lentement plutôt que de se risquer à sauter.
Retrouver les autres au bout du sentier
Au fil de la randonnée, Marion gagne en assurance. Elle encourage aussi d’autres marcheurs à tenter certains détours lorsqu’ils s’en sentent capables. Elle ne minimise pas les avertissements : il faut regarder la météo, connaître ses limites et ralentir quand le terrain l’exige. Cependant, elle refuse que les risques annoncés deviennent un motif d’abandon automatique.
Le dernier jour, elle accélère pour retrouver le groupe parti à la même date qu’elle. Elle avait doublé une étape afin de rejoindre l’Acropolis et n’avait pas pu leur dire au revoir. À l’arrivée, les retrouvailles se font dans une petite euphorie. Des touristes applaudissent les marcheurs fatigués, sales et chargés de plusieurs jours de souvenirs.
Après six ou sept jours sans confort, les gestes ordinaires prennent une autre place. Marion se souvient d’un repas équilibré, d’une glace choisie par d’autres randonneurs et d’une douche chaude limitée à deux minutes. Pour elle, l’Overland Track Tasmanie a aussi cette valeur : la marche remet les besoins simples au premier plan. Elle y retient une confiance construite progressivement, grâce à l’attention portée au terrain et aux personnes croisées.
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Écoutez l’épisode pour suivre Marion, de la pluie du premier jour aux retrouvailles au terme du trek.
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