Argentine – José

12 février 2025

Vivre en Argentine : inflation, maté et repas partagés

Vivre en Argentine, c’est parfois choisir sa carte bancaire selon les promotions du jour au supermarché. Dans ce 28e épisode de la série Pays, Béranger Natanelic échange avec José, Franco-Argentin, pour éclairer les réalités quotidiennes et les habitudes du pays dans Papa, Maman, tout va bien !

José a passé ses dix-huit premières années en Argentine, avant de vivre plus de vingt-cinq ans en France. Il conserve des liens étroits avec sa famille et ses amis de Buenos Aires. Son regard mêle donc souvenirs personnels, échanges récents et recul d’un homme installé en France. Avec Béranger, alors en voyage dans le pays, il aborde l’économie, la cuisine, le maté et les contrastes entre les régions.

Vivre en Argentine avec une monnaie instable

Le point de départ de cet échange est l’inflation. José rappelle que le phénomène ne date pas d’hier. Enfant, il entendait déjà ses parents parler d’inflation galopante, avant le peso actuel. Depuis, explique-t-il, les prix ont continué à évoluer bien plus vite que les revenus de nombreux ménages.

Face à cette instabilité, les achats à crédit font partie des habitudes évoquées. Il est ainsi possible de payer un produit courant en plusieurs mensualités, parfois sans intérêt. Or, la valeur d’une même somme peut fortement changer d’un mois à l’autre. Les consommateurs comparent aussi les réductions selon leur banque, leur carte ou le paiement en espèces.

José décrit une organisation au jour le jour. Les salaires peuvent être révisés selon les secteurs, mais la précarité reste présente pour une part grandissante de la population, selon lui. Il emploie l’image de personnes vivant « au bord de la falaise », sans pour autant renoncer à avancer. Ce contexte explique aussi l’omniprésence des cartes et des portefeuilles numériques.

La parrilla avant la maison

Pour vivre en Argentine, il faut aussi comprendre la place des repas collectifs. L’asado ne désigne pas seulement une grillade. C’est un rendez-vous qui rassemble, autour d’une parrilla et de braises préparées dans un fogón. José raconte que, dans certaines constructions, le barbecue en dur peut être installé avant le reste de la maison.

Sur la grille, les morceaux se succèdent : chorizos, morcilla, côtes, poulet ou autres pièces de viande. La cuisson peut durer longtemps, notamment pour l’asado à la croix. Le repas se partage, comme le maté. Cette infusion de yerba se prépare dans une calebasse, avec une bombilla, puis circule de main en main sous la conduite du cebador.

L’eau ne doit pas bouillir et se situe autour de 80 degrés, précise José. Dire « gracias » signifie que l’on ne souhaite plus être resservi. Le partage a été questionné pendant le Covid, surtout à Buenos Aires. Pourtant, Béranger constate qu’en Patagonie, le maté reste volontiers proposé, y compris à des inconnus rencontrés sur la route.

Du tango porteño aux cuisines venues d’ailleurs

Le tango n’est pas présenté ici comme l’emblème de tout le pays. José le rattache surtout à Buenos Aires et à ses habitants, les porteños. Né dans les marges de la ville, il garde une dimension mélancolique liée aux histoires de migrations. Ailleurs, notamment dans le nord, d’autres danses et musiques folkloriques occupent davantage l’espace.

La table argentine raconte elle aussi ces arrivées successives. Empanadas, pizzas, pâtes fraîches, glaces et fernet con coca sont cités pendant la conversation. Le malbec accompagne volontiers l’asado, tandis que les cuisines régionales apportent leurs propres habitudes. José évoque également les traditions du 29 du mois : beaucoup préparent alors des ñoquis, avec un billet sous l’assiette en signe d’espoir pour le mois suivant.

Cette diversité se retrouve dans les parcours familiaux rencontrés par Béranger en stop. Beaucoup d’Argentins connaissent les origines européennes de leurs grands-parents. L’épisode rappelle aussi l’existence des peuples présents avant les migrations européennes, dont les Mapuches, et les violences subies lors de la conquête de territoires.

Des chutes d’Iguazú à la Terre de Feu

Vivre en Argentine signifie parcourir un territoire immense et très contrasté. José cite les chutes d’Iguazú, au nord-est, les paysages arides de Salta et Jujuy, ainsi que les terres agricoles de la Pampa. Plus à l’ouest, Mendoza, La Rioja et San Juan sont associées aux vignobles et à la cordillère des Andes.

La Patagonie occupe une place particulière dans le récit. Béranger y voyage à vélo et en stop, entre pistes de ripio, randonnées et glaciers. José distingue les espaces proches de la cordillère, les zones côtières et les vastes terres intérieures. La Terre de Feu, partagée avec le Chili, clôt cette géographie faite de longues distances et de passages de frontière.

Enfin, le football complète ce portrait. José ne se dit pas lui-même passionné, mais il décrit une ferveur considérable autour de Maradona et de l’équipe nationale. La victoire en Coupe du monde a notamment donné lieu à plusieurs jours de fête. L’épisode aborde aussi les débats politiques et économiques actuels, sans réduire le pays à une seule réalité.

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Écoutez l’épisode pour suivre cette conversation avec José, entre gestes quotidiens, routes patagoniennes et récits de famille.

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