Voyage avec Silverio, mémoire vive du Titicaca – Bolivie
Maud Calves 6 janvier 2025
Silverio, mémoire vive du Titicaca – Bolivie
À Copacabana, sur les rives du lac Titicaca, Silverio Aruata scrute l’eau. Il a 73 ans, une vie passée à naviguer. Conducteur de bateau, il transporte les touristes entre les îles sacrées, témoin du basculement d’un monde rural vers une industrie touristique tentaculaire. Il est le dernier de sa fratrie à être resté. Les autres ont filé à La Paz, à la recherche d’un avenir plus stable. Lui est resté fidèle à ce lac qui l’a vu grandir.
Le Titicaca, berceau de mythes, est aujourd’hui un miroir brisé. L’eau limpide de son enfance a cédé la place à une surface souillée par les eaux usées. Copacabana, jadis village agricole, est devenu une station balnéaire bondée, où les restaurants et hôtels monopolisent l’espace. Silverio observe, amer, la destruction lente de son monde.
« Avant, tout le monde cultivait la terre. Aujourd’hui, plus rien. »

Silverio au bord du lac Titicaca
Descendant d’un peuple millénaire
Silverio est Aymara, descendant d’un peuple millénaire qui a façonné la Bolivie. Ils sont près de deux millions à parler cette langue, héritiers d’une culture longtemps marginalisée. Avec l’essor du tourisme, leur présence s’efface derrière des cartes postales folkloriques. À Copacabana, les traditions se diluent dans un flot de burgers et de souvenirs standardisés.
« Même la pêche disparaît. Il n’y a plus de poisson, l’eau est contaminée. »
Le Titicaca est plus qu’un lac : c’est une histoire, un symbole. Il est né des larmes d’un dieu, inondant une vallée après le massacre de son peuple par des pumas de pierre. Aujourd’hui, la menace n’est plus divine, mais économique. L’eau sacrée est devenue une décharge à ciel ouvert, et Silverio, lui, vieillit. Il sait que l’avenir lui appartient de moins en moins, mais il pose une question : « Comment peut-on aider la nature ? »
Et nous, avons-nous la réponse ?


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