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COMPRENDRE LE GRINDADRAP

Écrit par sur 10 janvier 2023

Pour bien commencer 2023, je vais vous aider à comprendre le Grindadrap.

En tant qu’amoureux des Féroé, j’entends souvent l’appel au boycott de l’archipel. Et je vous avoue… Je déteste çà.

A quoi cela rime de boycotter un pays parce que l’on est pas d’accord avec l’une de ses pratiques. Boycottez vous le Sud-Ouest, le Sud-Est, l’Espagne, le Portugal, le Pérou, la Colombie, le Mexique… parce que l’on y pratique la corrida ? Tel ou tel autre pays parce qu’il est dirigé par un politicien que l’on déteste ?

Peut-être le faites vous. Personnellement je trouve cela dommage. Je trouve plus constructif la démarche d’aller voir, de parler, de débattre et surtout de comprendre.

C’est ce que j’ai fait en allant découvrir les Îles Féroé. Alors non, je n’aime pas le Grindadrap. Mais au moins j’ai appris à le comprendre. Je me suis d’ailleurs aperçu de que nombreuses fausses idées circulent en son nom. C’est ce à quoi je vous invite aujourd’hui. Le comprendre, ne pas l’aimer mais pour des raisons réelles.

Voici la retranscription de ma rencontre avec un pêcheur local. Il n’a pas essayé de me convaincre à aimer cette pratique. Il me l’a simplement expliquée.

Echange sur le Grindadrap

– « Alors jeune homme ! Comme ça on ne supporte pas la vue du sang ? »

– « Effectivement je ne suis pas un grand fan du massacre de dauphins. »

– « Ce ne sont pas des dauphins. Ni même des baleines. Ce sont des globicéphales. »

– « Oui d’accord. Ça ne change rien. »

– « Au contraire ça change tout. Je comprends qu’on soit contre. Je l’entends parfaitement. Mais en contrepartie il faut être précis et ne pas dire n’importe quoi. Tu vois ce que je veux dire ? »

– « Oui. »

– « Greenpeace ou Sea Shepard ne sont pas honnêtes. Qu’ils dénoncent une pratique qu’ils ont en horreur ne me pose pas de problème. C’est leur gagne-pain. Ce qui m’énerve c’est qu’ils mentent pour mener leur combat. Tu avais déjà entendu parler de l’espèce des globicéphales avant aujourd’hui ? »

– « Honnêtement non. »

– « Comme l’immense majorité des gens. Par contre pour toucher l’opinion publique ils n’hésitent pas à raconter que nous décimons des colonies de dauphins ou de baleines par milliers. C’est plus vendeur. Par curiosité tu regarderas leurs vidéos de propagande. Tu verras que sur toutes il y a des bruits de baleines en détresse. As-tu entendu les globicéphales crier ? »

– « Non. »

– « Et tu sais pourquoi ? »

– «  »

– « Parce qu’ils sont muets ! Mensonge encore une fois ! Ils rajoutent ces bruits. Je suppose que c’est plus apitoyant pour récolter des dons auprès de la ménagère. Soyons d’accord, je ne veux pas te forcer à aimer ça. Mais je veux que tu aies toutes les informations pour te faire ta propre opinion et que tu n’ailles pas dire chez toi que les Féringiens sont des tueurs de dauphins. »

– « Oui je comprends. »

– « À l’origine le grindadráp se pratiquait aussi à Terre-Neuve au Canada, au Groenland, dans les îles Shetland et Orcades. Aujourd’hui nous sommes les seuls à perpétuer cette chasse. Des récits datant de 1584 la décrivaient déjà mais en réalité elle est bien plus ancienne. Si nous avons commencé à pêcher des globicéphales c’était pour nous nourrir. Avec notre climat il était très compliqué de développer l’agriculture ou l’élevage. »

– « D’accord mais pourquoi continuer aujourd’hui ? »

– « Pour continuer à faire vivre la tradition. Dans nos eaux il y a un courant chaud, le Gulf Stream. Il n’est pas assez chaud pour que tu te baignes mais suffisamment pour que le plancton s’y développe. Ça attire beaucoup de poissons. De l’aiglefin, de la morue, du merlan, des harengs, du flétan, des saumons… Et donc des globicéphales qui viennent les manger. »

– « Pourquoi ne faites-vous pas comme eux justement ? Mangez du poisson vous aussi. »

– « C’est ce que nous faisons. Tu en manges toi du poisson ? »

– « Oui bien sûr. »

– « Et comment crois-tu qu’il est tué au large sur le chalutier ? Tu y as déjà pensé quand tu manges un filet à la meunière ? Même tes bâtonnets panés. Essaie de réfléchir à leur préparation. »

– « Oui vous avez raison. »

– « Ce que tu as vu sur cette plage correspond exactement à ce qui se déroule sur tous les bateaux de pêche du monde. Seulement ce ne sont pas des poissons aussi gros qu’un cétacé alors c’est moins choquant. Mais pourquoi la mort d’un cabillaud serait moins bouleversante que celle d’une baleine ? Parce qu’il y a moins de sang ? Ou parce que ça se passe sans témoin loin des côtes ? Les Féringiens ne sont pas les seuls barbares de la planète. C’est ce que je veux te dire. Tu viens d’où ? »

– « De France. »

– « D’accord. Pays où vous pratiquez les combats de coqs dans des gallodromes et la corrida dans des arènes inscrites au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Tout ça pourquoi ? Un peu par tradition mais aussi par plaisir. Pour le spectacle. Nous au moins nous faisons ça pour manger. Aujourd’hui nos marins sont bien formés. Ils sectionnent les vaisseaux du cou et la mort est rapide. De nos jours il est interdit de les abattre en haute mer ou d’utiliser des lances. Pas comme les picadors. Alors qui est le plus cruel ? Le pêcheur de globicéphale ou le torero ? »

– « Mais ce n’est pas une espèce protégée comme d’autres cétacés ? »

– « Non. L’espèce n’est pas menacée. Il y a environ neuf cent mille globicéphales dans le monde dont cent mille dans le coin. Nous en capturons seulement mille par an. Tu vois… À peine un pour cent. Notre pêche reste traditionnelle et artisanale. C’est uniquement pour la consommation. Il n’y a aucune exportation et nous refusons l’utilisation à des fins cosmétiques. »

– « Je comprends mieux. »

– « Puis tu sais, il n’y a pas besoin d’inventer des histoires pour nous faire du tort. C’est une pratique qui va disparaitre d’elle-même avec le temps. Les prochaines générations ne voudront plus la poursuivre à cause des pollutions au mercure. »

– « C’est-à-dire ? »

– « À part les globicéphales, les habitants mangent aussi de la baleine. Il a été prouvé que leur chair contient du mercure. Cela a causé de nombreux problèmes. De l’hypertension chez les adultes et même des carences cognitives chez les enfants. Dorénavant les gens en consommeront moins, puis un jour plus du tout. Ce n’est que mon avis mais je ne pense pas me tromper. »

Pour poursuivre l’aventure vous pourrez vous immerger au cœur des îles Féroé à travers mon roman « Les Couleurs de Foroyar ».

Retrouvez aussi quelques articles consacrés à l’archipel.


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